04 juin 2007

Contenu/Contenant


« Tel est le misérable secret de Narcisse : une attention exagérée à l'autre. »

Clément Rosset. Le réel et son double.

 
 
« Vous voyez un reflet ?
L'univers n'est pas le miroir de l'esprit.
Rien là-bas
Rien ici
Ne montre notre image.
L'esprit est le miroir de l'univers. »

Franck Herbert. L'incident Jésus.

 

 

L'intensité d'un point à l'horizon attirait l'attention de Lambert. Pour une fois, ce n'était pas Vénus qui faisait son intéressante entre chien et loup. Ce point annonçait un autre temps où Lambert vivrait sans y penser : le triomphe de l'expérience et du hasard.

Aucune carte du ciel n'hypothéquait le prochain mouvement. Il fallait compter sur soi, et/ou plutôt repérer le nombre de reflets dont seule la musique adoucissait les moeurs.

En cherchant des alliés, Lambert s'était longtemps aliéné. Aussi il se replia sur lui même, et fit un saut quantique.

L'archéologie eut son heure de gloire, la prochaine carte sera plus vaste ; jardinier peut-être ?

Lambert était déjà ailleurs. Difficile à dire. La description pouvait pourtant être simple, en suivant l'étoile.

Par dépit, Vénus regarda ailleurs, cette cruche.

 

 

 

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22 décembre 2006

In aqua veritas

« Donner de l'amour, c'est vouloir donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas. »
Jacques Lacan
« [...] Pendant les années noires, vous vous êtes bien trop laissé ballotter au gré du courant, au point de frôler la noyade, pour supporter aujourd'hui la moindre approximation dans votre façon de localiser chaque geste, dans le choix des circonstances comme dans celui des mots [...] »

Dominique Autié. Le bec dans l'eau.



Les nuits étaient courtes et le même univers aux odeurs de métal chaud semblait devenir l'unique horizon onirique de Lambert.  La fournaise d'une fonderie recyclait sans fin les anciennes passions. Un bestiaire tenace passait la nuit à tergiverser ; Des mots sortirent un pont à traverser : la destinée de Lambert prit la trajectoire qui s'offrait alors.

Aussi, exactement, Lambert vit la ronde des interstices recouvrir le monde commun ; C'était comme autant de portes, de réservoirs de vie, d'amoncellement d'amour(s) possible(s). Il fallait en finir avec l'inertie de la verticalité stérile, cette coïncidence du cercle qui rendait la mort heureuse.

Tout n'allait pas changer : Tout avait déjà changé en silence ; comme la pellicule de neige sur les toits paisibles d'une paix inventée de toute pièce. Comme la pellicule de neige qui rendait glissante les derniers mètres qui suspendait Lambert entre l'ancien et le nouveau monde. Il eut mille fois peur de tomber dans l'abîme et cent fois l'envie de s'y jeter. Puis la curiosité fit taire le bestiaire millénaire.

Visiblement, l 'autre coté du pont était fait d'eau vive.
 
 
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15 juillet 2006

Passé composé versus futur antérieur

 

- Insecticide : vous étiez sûrement dans la nuit comme une lueur d'espoir. Le papillon standard n'y survivra pas très longtemps.

- Fringale: que mangerons nous, un jour entre chien et loup, si la chandelle est morte ?

- Satyre-pyromane : arrêtez de fumer, vous êtes agaçant avec votre briquet, prêt à en découdre avec la moindre forêt de pinèdes, ou de pins-up, (je ne sais plus).

 - Transcendantal 1 : vous attendez l'amour au coin de la rue alors qu'il suffit de lever la tête.

- Transcendantal 2 : un osso-bucco dans les règles de l'art sera toujours supérieur à l'amourette sans alcool.

- Aphorisme de base : sans néant portatif ni la réelle volonté de vouloir se supprimer, la joie de vivre semble bien terne. Ergo, achetez un révolver le jour de votre Grande Dépression.

 

 

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05 juin 2006

Acte manqué

Lambert manqua un rendez vous qui n'aurait lieu que dans quelques semaines. Il s'était pourtant levé tôt et avait même fait un effort vestimentaire.

Il ne comprendrait donc jamais les rudiments de la parade nuptiale ?
 
 

01 juin 2006

Des gencives et des hommes (présence obligatoire)

Dans le traité de la trahison auto-centrée que Lambert avait trouvé aux puces contre quelques larmes empruntées, on y trouvait toutes les formes possibles de la séduction ontologique. De la perte assourdissante du sens, on se consolait par la forme illimitée. Les pages étaient trop blanches pour être honnêtes.

Tandis qu'il lisait (im)pudiquement, Lambert acheta du fil dentaire dans une pharmacie car il se souvint que Thésée avait les dents propres dans les mêmes circonstances. Le traité s'avéra décevant : un bavardage sur plusieurs chapitres pour masquer le caractère aléatoire et indispensable de la chance dans cette affaire. C'était ridicule car rigoureusement exact à ce moment là.

Lambert aima se trouver seul dans un carré de lumière. Cela impliquait que quelqu'un l'avait mis en scène.

Trouver le but de cette action serait peut-être trouver l'âme-soeur.
 
 

Photo © Nicolas Wilmouth

17 mars 2006

Zéro G.

La trottoir fumait, presque sec de l'averse. Plus de reflets. Quelque chose avait modifié la perception des couleurs. Une coulée verte en devenir comptait ses quelques troncs anémiés. Il aurait dû faire trop froid ; Lambert attendait pourtant quelqu'un qui ne viendrait pas, le genre d'ami qu'on rêverait imaginaire. Pile à l'heure l'autre vint, plus mort que vif, avec dans les yeux l'écho de tout ce qu'il aurait pût être.L'irréparable suicide au ralenti le conduirait au bûcher funéraire. Lambert faisait son numéro sans entrain, dans l'amour incertain d'un dénouement, d'un passage vers les terres désolées mais ce n'était qu'un jeu qui amplifiait l'insoutenable légèreté de l'être. Lambert voyait tout ce qu'il détestait : la certitude d'être aimé : des foutaises au kilo en fatum qu'on épingle à la veste. Combien de fois l'Autre lança les dés du désespoir hypothéquant la terre entière ? Tout le poids des ans s'effondra, il tomba dans le ciel. Lambert le salua tristement. L'autre semblait sourire enfin.

 

 

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17 février 2006

Tour-opérator

Lambert savait pertinemment qu'il allait mourir s'il prenait cet avion, là, tout à l'heure. Il fut secoué d'un rire nerveux. Il n'y avait là qu'une pure superstition, une peur atavique du vide et aucune prédisposition à une quelconque prescience ! Enfin, tout de même, il ne rêvait jamais d'avion et encore moins du schéma possible d'un accident. Les trop nombreuses dents de l'hôtesse de l'air se voulaient rassurantes, là sur le quai d'embarquement qui aurait tout aussi bien pu être un couloir d'hôpital. Un homme en blouse blanche traversa le hall en direction de Lambert. Ses yeux noirs semblait le scruter comme dans un épais brouillard. Il intima l'ordre à Lambert de cesser de fumer à coté de la salle d'opération, tout en lui montra les pistes d'envols. L'hôtesse s'était changée en infirmière et ne souriait plus du tout, faisant une moue réprobatrice parfaitement synchronisée avec celle de l'interne. Lambert questionna du regard et montra ses mains vides. L'interne haussa les épaules avant de repartir d'où il vint. Dehors, des avions-ambulances embarquaient des brancardiers touristes, destination les urgences, aux antipodes. Lambert vérifia son billet et le numéro de son quai. Ses valises étaient dans la soute, sous perfusion. Il compris qu'il fallait absolument ne pas guérir...L'embarquement était imminent. Tant pis pour le billet non échangeable. Il économiserait le temps qu'il faudrait pour s'offrir un autre voyage, remboursé par la sécurité sociale cette fois ci. Il quitta à temps l'aéroport ; quelques minutes à peine plus tard, sur la piste d'opération, l'avion succomba à une embolie pulmonaire.
 
 
 
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16 septembre 2005

Tête à tête

- Si je vous aimais, que cela changerait-il ?

 

- Rien d'autre que vous ne souhaiteriez.

 

- l' Espérance cependant est... une lumière aux reflets étranges.

 

- Alors, nous ne saurons dire si c'est l'aurore ou le crépuscule.

 

- Vous êtes sérieux ?

 

- Quel est ce dégout de sa propre chair ?

 

- Une aimable plaisanterie de gosse ; On y croit qu'à moitié, un peu comme la mort.

 

- Je ne désire pas vous plaire à tout prix... d'autres y sont passé maître... un peu comme la mort.

 

 

- Alors c'est à ce prix que je vous aimerai demain. Sans aucun doute.

 

 

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28 août 2005

Une brève histoire du temps

- Heu... Bonjour.


- Hein ?


- Non, je me demandais si vous aviez l'heure.


- Pour quelle raison ? Vous êtes en retard ?


- Pas nécessairement.

 

 

 

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http://www.maaskantenaar.nl

18 juin 2005

Sacrifice humain

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Photo © Het Zuidelijk Toneel




Le rideau se lève. Un énorme compte à rebours rouge centré, pendu au fond de la scène indiquant 5 minutes. Le décompte vient de commencer. 3 historiennes sont en arc de cercle face au public. Chacune à un pupitre devant elle. La lumière est tamisée dans les tons mauve-lilas. Habillées chacune d'une robe de soirée de couleur crème, elles se toisent dans un silence agressif.

« Elles prennent leur temps »



Lumière crue sur la première historienne qui s'anime, l'air convaincue : « Considérant l'extrémité qui est la nôtre, il faut de toute urgence étudier chacune des issues en notre possession. En effet, dans la globalité du processus engagé, l'intégralité du système doit être analysé afin de déceler les potentiels de chacun. Cette synthèse nous permettra d'avoir à l'esprit la substantifique moelle de la problématique et en même temps de prendre en compte les alternatives de bon sens ».

Elle cherche du regard l'approbation du public. Pas un bruit.

A nouveau la lumière tamisée. Dix secondes s'écoulent au compte à rebours.


Lumière crue sur la deuxième historienne, d'une voix hésitante mais forte : « Il va sans dire que tout doit être mis en place dans le respect bilatéral de la transparence, assorti d'une charte de bon droit afin de factualiser les tenants et les aboutissants de chaque donnée fondamentale, il sera facile de rebondir sur cette occasion au vu des cas particuliers déjà étudiés récemment et qui ont donné des résultats encourageants. »

Elle cherche du regard l'approbation du public. Pas un bruit.

A nouveau la lumière tamisée. vingt secondes s'écoulent au compte à rebours.


Lumière crue sur le troisième historienne qui hurle à moitié: « En ce qui concerne les points à améliorer, en concertation directe avec les collaborateurs intéressés, la responsabilisation de tous apportera à chacun l'assurance d'une compréhension majeure afin d'induire le nouveau souffle qui révolutionnera notre capacité à nous remettre en question de façon positive. Notre critique constructive apporte à la lumière de cette analyse la notion de respect et de circonspection. »

Elle cherche du regard l'approbation du public. Pas un bruit.

A nouveau la lumière tamisée.


Patience.


Le compte à rebours se termine.

Forte mélodie métallique d'une boîte à musique 4 fois accélérée en boucle.

« Feux partout » sur scène.

Elles sortent la main sur la bouche, affolées.

Rideau

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