21 avril 2008

Piqué au vif

« Parfois au réveil dans la clarté indécise d'un pan d'espace, où disparaissent tous les signes de reconnaissance, je ne perçois ni des choses ni des images. Je ne suis pas le sujet d'impressions pures, ni le spectateur indifférent d'objets qui me font face. Je suis co-naissant avec le monde que se lève en lui-même et se fait jour à mon propre jour, lequel ne se lève qu'avec lui.
.
»

Henry Maldiney, L'avènement de l'oeuvre

 

 

C'était ainsi que s'achevait une partie de la vie de Lambert ; Sans l'ombre d'une nostalgie de circonstance, l'épaisseur d'un certain réel avait pris le dessus. La tentative de brasse coulée, imposée par un scénariste monomaniaque, avait elle même survécue.

Ce fut un long voyage dont la finalité se laissait percevoir en remontant légèrement le temps, ce qui donnait toujours l'illusion d'avoir un coup d'avance sur son propre destin.

Quand celui que vous n'êtes pas vraiment disparaît à vos propres yeux, il faut bien monologuer sans complaisance  sans la re-présentation de thèmes aux constats éprouvés. Et quand ce n'est plus dans la chambre d'écho que « Ça » résonne, l'histoire passe enfin de l'autre coté.

Lambert vit une mélancolie, l'épingle dans la tête.

Ce n'était plus le temps des vanités.

 

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11 juillet 2007

Cosmogonie

« L'existence est si je puis dire insolite par nature, - ou elle n'est pas.
Une boutade, doublée d'un paradoxe, résume son statut :
d'être la seule chose au monde à laquelle
on ne puisse jamais s'habituer. »

Clément Rosset. Principes de sagesse et de folie.

 

 

Une détonation un peu molle, voilà une drôle d'idée pour un big-bang. De ce point d'entrée en matière, purement arbitraire, partit toutes les conjectures sur le devenir. Lambert revenait de ses illusions pour voyager mieux, et conjecturait sur un quotidien apaisé.

 

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20 mai 2007

Ce soir à Samarcande

« Privée d'immédiateté, la réalité humaine est, tout naturellement, également privée de présent. Ce qui signifie que l'homme est privé de réalité tout court, si l'on en croit là-dessus les stoïciens, dont un des points forts fut d'affirmer que la réalité se conjuguait mal au seul présent. Mais le présent serait par trop inquiétant s'il n'était qu'immédiat et premier : il n'est abordable que par le biais de la re-réprentation, selon donc une structure itérative qui l'assimile à un passé ou un futur à la faveur d'un léger décalage qui en érode l'insoutenable vigueur et n'en permet l'assimilation que sous les espèces d'un double plus digeste que l'original dans sa crudité première. D'où la nécessité d'un certain coefficient d' « inattention de la vie » au sein même de la perception attentive et utile. »

Clément Rosset. Le réel et son double.

 

 

Lambert semblait vivre au ralenti comme pour affirmer l'adhésion aux évènements de sa vie. Dans les moments de désespoirs qui tentent parfois leurs danses macabres, Lambert ne s'enfuyait plus comme autrefois. Pourquoi fuir là où il était sûr d'aller au devant d'une fatale détresse ? Il restait tel qu'en lui même à regarder les vastes paysages récemment conquis sur sa part de ténèbres.

L'orchestre finissait de s'accorder ; moment délicieux et cacophonique qui procurait à Lambert cette sensation merveilleuse d'être parmi nous, ici et maintenant. Il n'y aurait pas d'alexandrins, ni même une histoire immortelle dans l'acte suivant la tragédie de l'acte manqué. Lambert ne serait pas à Samarcande ce soir. Le lapin du siècle.
 
 
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© Arno Fischer. Marlène Dietrich, Moscou, 1964. 
 

22 décembre 2006

In aqua veritas

« Donner de l'amour, c'est vouloir donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas. »
Jacques Lacan
« [...] Pendant les années noires, vous vous êtes bien trop laissé ballotter au gré du courant, au point de frôler la noyade, pour supporter aujourd'hui la moindre approximation dans votre façon de localiser chaque geste, dans le choix des circonstances comme dans celui des mots [...] »

Dominique Autié. Le bec dans l'eau.



Les nuits étaient courtes et le même univers aux odeurs de métal chaud semblait devenir l'unique horizon onirique de Lambert.  La fournaise d'une fonderie recyclait sans fin les anciennes passions. Un bestiaire tenace passait la nuit à tergiverser ; Des mots sortirent un pont à traverser : la destinée de Lambert prit la trajectoire qui s'offrait alors.

Aussi, exactement, Lambert vit la ronde des interstices recouvrir le monde commun ; C'était comme autant de portes, de réservoirs de vie, d'amoncellement d'amour(s) possible(s). Il fallait en finir avec l'inertie de la verticalité stérile, cette coïncidence du cercle qui rendait la mort heureuse.

Tout n'allait pas changer : Tout avait déjà changé en silence ; comme la pellicule de neige sur les toits paisibles d'une paix inventée de toute pièce. Comme la pellicule de neige qui rendait glissante les derniers mètres qui suspendait Lambert entre l'ancien et le nouveau monde. Il eut mille fois peur de tomber dans l'abîme et cent fois l'envie de s'y jeter. Puis la curiosité fit taire le bestiaire millénaire.

Visiblement, l 'autre coté du pont était fait d'eau vive.
 
 
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05 septembre 2006

Magnificat

De nombreuses Ombres autour de Lambert avaient recours aux bêta-bloquants afin de pallier toutes les émotions fortes du quotidien-plancher au ciel-lunapark.

Le contrôle des émotions allait de paire avec la fâcheuse tendance d'étaler sans ménagement toute sa chirurgicale pornographie. N'importe quel bar ferait désormais l'affaire ;

Roméo se moeurs meurt tandis que Juliette commande sur internet ses sextoys bluetooth, à moins que ce ne soit l'inverse ; séquentiellement ET simultanément.


Les fleuves de l'éternité n'ont pas cours ici. L'éternel présent vous aguiche lourd de promesses instantanées ; C'est alors que contre toute attente, un(e) Autre serre Lambert dans ses bras pour lui donner du courage et c'est ventre à terre que Lambert évitera les balles perdues.

 

Pourvu que l'Autre ait fait de même.

 

 

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06 juillet 2006

Danse à deux

Une invitation en main, Lambert se rendit dans un théâtre déserté par les jugements de valeurs. Sous une chaleur étouffante mais nécessaire à la concentration, des ombres jouaient presque en silence devant des sièges centenaires à l’étiquette irréprochable.
 
Tandis que la poussière retombait et accrochait la lumière issue de projecteurs mi-clos,  une odeur familière interpella Lambert ; comme un souvenir éclatant d’une plénitude absolue.
 
C’est pourquoi  Lambert se cacherait dans ce théâtre sept jours durant, sans boire ni manger, afin d’y dénicher l’origine d’un monde qu’il percevait derrière le rideau épais d’un acte non manqué. Durant ce voyage entre les rangées trop bien alignées, Lambert pris conscience, avec une délicieuse appréhension, que cette odeur n’était pas celle du passé. 
 
 
 
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© Compagnie Modos Vivendi
 
 
 
 
 
 
 

02 juillet 2006

Haut de Forme

Les cheveux de Lambert poussaient depuis peu selon un ordre établi. De leurs longueurs dépendaient sa vision du monde ou plus exactement l'intérêt d'en occulter la lisière. Ce monde agissait comme un accélérateur dont nous étions les particules hirsutes. Le choc des civilisations provoquait une réaction en chaînes et - surtout - la crainte de l'alopécie.  Bénéficiant d'une corne d'abondance, Lambert égayait ses antennes à la recherche du temps perdu à venir dont l'incertitude excitait l'imagination.

 

 

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10 avril 2006

Une guerre pudique

Les bars sont fait pour étourdir la conscience flottante d'un esseulé, volontaire ou non. Prenons un bar-tabac-PMU ordinaire ; Des relents écoeurants de houblon et de café moulu parvenait tout juste à masquer celle du tabac. Les fumeurs pourtant zélés posaient pour des caméras encore virtuelles. La saison des amours faisait grimacer les sourires tandis que les objets de tous les désirs locaux se regardaient dans les immenses miroirs du fond. Des piliers au zinc il n'y a qu'un pas infranchissable sans avoir le regard désespéré. Lambert scrutait le ciel de néons et les téléviseurs qui débitaient plus de canassons qu'un honnête abattoir. Des tables plus loin, glapissaient des vieux , du genre à gagner peu mais souvent. Ils avaient l'oeil torve en attendant les résultats de leurs conjectures. Lambert eu l'impression d'insulter la serveuse en lui commandant un grand café d'une voix sans doute trop policée. Il était certes déjà 10h30 du matin et l'apéritif courait après son ombre. La tirette à cacahuètes chantait une douce mélopée. La vie battait son plein dans le seul café ouvert à tout vent. La gare en face riait aux éclats, toute de grève vêtue. Simultanément, le double expresso avait atterri face à Lambert mystérieusement, sûrement téléporté par la serveuse qui cachait bien son jeu. En tendant l'oreille, les conversations s'entrechoquaient et devenaient surréalistes, mélangeant les destins de braves gens. Les vieux savaient : survivre à la mort en attendant le train quotidien était une façon de régler les affaires courantes. Cela faisait des années d'ailleurs que Lambert s'obstinait dans une réalité ou les trains n'arrivaient jamais. C'est quand il croisa à nouveau l'oeil torve du plus vieux des parieurs qu'il se décida à miser au hasard sur la prochaine course.

Avant la nuit, un train arriverait en gare, puis un autre encore.
 
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03 avril 2006

L'effet tunnel

Quand un passage s’ouvre au moment même où le livre vous tombe des mains, il faut sauter le fossé. C’est ivre de sommeil que l’inhibition se dissout. Guetter l’instant où tout bascule n’a alors plus de sens. Lambert avait presque compté le nombre de reflets et les rencontres qu’occasionnent les voyages immobiles. Il avait finit par cesser, redoutant l’amplitude d’une attente trop longue ou le bonheur d’un chaleureux échange.

 

Paradoxalement, se rapprocher de cet éloignement était une aventure inédite.

 

 

 

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24 mars 2006

365 jours (ou presque)

« [...] pourquoi pas ? répliquai-je. Il n'avait plus rien à chercher ici. Athènes était devenue la favorite d'Alexandre, et le grand veneur avait réduit le monde aux abois, comme un cerf. »

Hölderlin, Hypérion.
 
 
Les solutions individuelles quadrillaient la vie de chacun. Lambert discernait dans l’air ce grillage ténu en rang serré et bien à sa place le plus grand nombre. Lambert pouvait même se prendre d’affection pour sa propre cellule, avec son lot de fausses surprises et ses victoires au bord du néant. Bien que souple, la Division était vivace. La peur comme carburant, chacun se retranchait derrière toute la technologie disponible pour mieux fuir. Des cascades de rêves de synthèse traversaient tout à chacun. L’authenticité n’était plus qu’un concept marketing, paradigme de « nature » et « rébellion ». Le discours de la déliquescence du réel était lui-même une niche privilégiée pour tous les chiens sans collier. Sur la scène de l’inimaginable réel, Lambert voyait tomber des projecteurs . Le théâtre prenait feu, mais personne ne bougeait. Ils regarderaient la pièce jusqu’au bout, l’odeur de leurs propres chairs dans les narines. Mais peu importait tout cela en somme. Entre deux rêves, Lambert continuait l’expérience de sa propre vie, la mélancolie avait disparu avec le constat d’un inévitable enterrement de la passivité. La tentative d’écriture en était une. Elle se poursuivra ici et ailleurs.

Merci aux milliers d’entres vous de venir sur ce journal, silencieusement ou non, depuis 365 jours (ou presque). Des liens ont parfois été crées, incroyables de générosité et de bienveillance.


« Une certaine résistance au Monde me retient chaque jour davantage. »

 

 

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