17 septembre 2011

Le fond et la forme

"L'ami - C'est conjouir, et non compatir, qui fait l'ami."

Humain, trop humain. Friedrich NIETZSCHE

 

Lambert se faufilait dans les foules ondulantes de cette époque. Malgré les apparences, les îlots de paix étaient encore nombreux. Un léger décalage du réel soulevait toute les ambiguïtés mais aussi des questions : la paix était au prix de tourments nécessaires.

 

Encore quelques jours et il faudra penser hélicoïdalement. Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ?

 

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Photo © Lambert Saint-Paul

 


25 juillet 2011

La mort en panne

"Je tremble en écrivant cela. Je ne suis pas prêt pour l'avenir. Jamais je ne deviendrai musicien, ni peintre, ni écrivain. Mon passé même s'égare, et je m'égare avec lui."

Jean-Claude PIROTTE


Le monde avait suffisamment hurlé. La nuit avait fait long feu. Lambert survivait aux générations spontanées. Ce n'était pas remarquable d'être chanceux et amnésique mais cela avait le mérite de donner de la profondeur de champs dans les perspectives molles de l'infra-monde servi tiède.

Les interstices redevenaient remarquables.


Le temps n'avait aucune importance.

 

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Photo © Lambert Saint-Paul

27 mai 2010

Vertiges giratoires

"De même donc que certains peuvent disparaître, engloutis en quelque sorte par un rôle social, d’autre peuvent être engloutis par une vision intérieure, échappant ainsi à leur entourage."

Carl Gustav Jung, Dialectique du Moi et de l’inconscient.


Un point. Eternel retour aux sources. Quand le monde bascule, Lambert fixait presque cette perspective changeante.

Le vent s’était enfin levé. Emportant avec lui ce qui devait l’être. Il restait l’essentiel dans l'enlacement d’un fond et d’une forme parfaitement appropriés aux circonstances.

Les sous-textes du réel (re)devenaient tangibles . Lambert réapprenait à lire et à aimer toutes ces formes.

Les accélérations courberont très rapidement l’espace temps de ces rivages.

«L’aurore boréale, la première.»

 

 

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Photo © Lambert Saint-Paul

 

14 mars 2010

15H45

"On ne peut ainsi ordinairement vivre qu'à la condition de tenir en respect la vérité, ou plutôt de la prendre perpétuellement à rebours : tâche épuisante illustrée, entre autres, par l'ancien mythe de Sisyphe. Illustrée aussi par la plupart des entreprises philosophiques, dont la principale visée n'est pas de révéler à l'homme la vérité, mais bien de la lui faire oublier : de faire passer sa cruauté comme un médicament qui fait provisoirement cesser une douleur, d'adoucir l'épreuve de la réalité par une infinie variété de remèdes - plus ou moins improvisés selon que le philosophe a plus ou moins de ressources mentales - qui se ramènent toujours en fin de compte à un exorcisme hallucinatoire du réel (…)."

Clément Rosset, le principe de cruauté.


La lumière est le chaînon manquant. une pièce du puzzle de la cohésion du monde de Lambert. C'est par elle qu'on passe de l'autre coté du miroir, avec la peur de découvrir qu'il n'y a pas peut être pas de miroir et d'éprouver alors crûment un devenir trop rapide.

On oublie que toujours veut dire tous les jours. Un cauchemar de devenir celui qu'on ne veut pas être dans ce monde au pas de charge dans un demi-plan inutile.

Tous les jours donc, 15h45 revient. Lambert percevait cette heure plus que tout autre comme une pause sans fuseaux, à peine perceptible et pourtant. Un clin d'oeil subtil d'une vanité réflexive, comme peut survenir un rire en cascade devant un miroir déformant.

Cela figurait dans le Grand Oeuvre de Lambert : L'Horloge aura peut être le coeur tendre.

 

 

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Photo © Lambert Saint-Paul

 

19 septembre 2009

Les revers du rêveur

 "O mito é o nada que é tudo."

Fernando Pessoa.

 

Que se passe t-il quand nos rêves deviennent réalité ?

Bien au delà des limites où le quotidien pouvait le protéger, Lambert arpentait un lieu qui extirpait chaque illusion avec une langueur presque amoureuse.

Mais depuis, le passeur était passé. Il avait amené avec lui de quoi écouter la rumeur du réel.

Lambert l'entendait dès lors souvent, avec une joie qui dissipa une fois pour toutes les épais brouillards d'une autre vie.

 

 

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Photo © Lambert Saint-Paul

 

 

 

 

 

13 juillet 2009

Le passeur (ou l'enchantement du monde)

 

"Vuelvo al Sur, como se vuelve siempre al amor, vuelvo a vos, con mi deseo, con mi temor. Llevo el Sur, como un destino del corazon, soy del Sur, como los aires del bandoneon. Sueño el Sur, inmensa luna, cielo al reves, busco el Sur, el tiempo abierto, y su despues. Quiero al Sur, su buena gente, su dignidad, siento el Sur, como tu cuerpo en la intimidad. Te quiero Sur, Sur, te quiero. Vuelvo al Sur,
como se vuelve siempre al amor, vuelvo a vos, con mi deseo, con mi temor. Quiero al Sur, su buena gente, su dignidad, siento el Sur, como tu cuerpo en la intimidad. Vuelvo al Sur, llevo el Sur, te quiero Sur, te quiero Sur.
"


Asotor Piazzolla. Vuelvo al Sur.

 

 

Lambert tremblait. Il n'était pas prêt, il ne l'avait jamais été.

C'était pourtant l'heure de passer de l'autre coté.

Ce n'était pas Charon qui était venu, mais l'Ami de toujours, le seul qui pouvait sans doute encore voir au delà car il était mort plusieurs fois mais était revenu sans le faire exprès.

C'était une cathédrale qui transperça Lambert : Des flèches de lumière dans un labyrinthe Borgésien.

 

Le voyage n'était pas celui que Lambert avait imaginé, mais il rapporta que quoi affronter ces prochaines années.

 

 

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Basilic

 

24 mars 2009

Trois heures moins cinq (l'énigme de l'heure 1/2)

Il suffisait de lire de travers, dans l'urgence de comprendre le monde, pour amalgamer la volonté de puissance et l'action permanente.

Une tentative d'introspection, alors que l'esprit tourne à plein régime dans les contingences, a généralement  l'élégance d'échouer. L'improbable légèreté des mots collait aux pieds aussi sûrement que le plus épais des murs.

Lambert savourait un souvenir qui dura un peu plus que d'ordinaire. Ce qui semblait perdu à jamais revenait d'une longue ellipse. Ce qui semblait éternel devint incertain, et son regard s'attardait sur des terres devenues étrangères.

Quelques interstices semblaient se réouvrir peu à peu. Une certaine forme attendait sagement devant l'antichambre des promesses non tenues. Réapparaissait ce langage particulier, comme un réapprentissage des lieux après un long voyage. Lambert s'était assez éloigné de lui-même pour se regarder avec toute la cruauté nécessaire dans le blanc des yeux.

Une nouvelle page tourna toute seule, puis une autre. Des cahiers entiers de pages vierges mimaient une danse macabre. Et Pourtant. La peur était plus inoffensive que la moindre note qui servirait de diapason. Ce n'était pas la guerre qui commençait, mais une révolution dans l'amitié colorée qui tentait de survivre ça et là. Les miracles existaient, l'espace d'un fol espoir, où une amnésie salvatrice changeait le plomb en or.

 

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Giorgio de Chirico (1888-1978) L'énigme de l'heure.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia

http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2009/02/25

09 juillet 2008

Silva rerum

« Quand je serai complètement rétabli, je retournerai donc à Mont Royal avec une des expéditions scientifiques qui passent par ici. Il ne sera point difficile d'arranger une évasion et je retournerai alors à l'église solitaire dans ce monde enchanté où, le jour, des oiseaux fantastiques volent à travers la forêt pétrifiée, où des crocodiles gemmés étincellent telles des salamandres héraldiques sur les rives de fleuves cristallins et où, la nuit, l'homme illuminé court parmi les arbres, ses bras tournant comme des roues d'or, sa tête une couronne spectrale.»

J.G Ballard, La forêt de cristal
 
 
 
Lambert n'avait pourtant tourné la tête que quelques instants, contemplant le paysage au loin. Il sut ensuiteque beaucoup de temps s'était écoulé. Il resta là, alangui dans le vide médian malgré le dictat d'instantanés en vigueur, et revint à la source d'un questionnement primordial. Il y avait beaucoup à faire, en commençant par l'éviction de cette fâcheuse tendance atavique  de la culpabilité occidentale face au non-agir.

Ainsi, l'aube revenait et ses rayons matinaux ne blessaient plus les yeux. Puis, quand le crépuscule tombait, la peur d'un bleu parfois trop dur, comme l'écho d'une solitude passagère, ne reflétait plus que le bonheur d'être ici, maintenant.
 
 
 
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10 décembre 2007

La porte d'à coté.

Il semblait qu'une partie de Lambert était resté de l'autre coté, un jour sans joie où la désinvolture n'était pourtant pas de mise. Dans cette réalité qui s'apparentait au plausible, on ne voyageait pas sans une bonne raison, et ne pas s'être ému de cette raison laissa une absence d'indice sur la route de l'imprudent Lambert, au seuil d'un songe ou d'une nuit d'été.

Cette absence ressemblait à un morceau d'étoffe précieuse, une portion de joie tissée avec grand soin qu'il s'agissait de frotter sur sa joue certains jours immobiles.

Il faudrait attendre que toutes les portes s'ouvrent à nouveau à l'horizon. Lambert attendit donc son heure, le regard oblique vers d'autres voies : à peine dissimulés, à la frange même du champs de vision se trouvaient les ondulations d'un passeur en mouvement. Le temps avait pris de l'avance, rien ne pressait. Mais au prochain frémissement, il faudrait suivre.

 

 

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© 
 

 

08 octobre 2007

L'amour du troc (manuel du poireau (anti)suicide)

Le paysage se transformait, avec une rapidité qui rendait tout paradoxalement fixe. Lambert attendait son tour dans l'antichambre d'une filature.

La voûte céleste quadrillait trop parfaitement le ciel pour être remarquable ; du coup, ce voyage était long, contenant l'ensemble de la vie de Lambert.

Ce fût l'heure du renoncement au renoncement qui approchait. Les souvenirs pouvaient toujours essayer d'écraser Lambert, jetés et véloces d'une haute tour aux regrets éternels.

L'objet transitionnel, à défaut du Saint-Graal, pouvait être une soupe aux poireaux, façon Duras, comme l'évocation de l'enfance, de la buée sur les vitres de la cuisine et des monstres au fond du placard.

L'instant d'après, concentré sur une tête d'épingle, la vie de Lambert tira vers le ciel.
 
La brume qui s'en suivit occulta l'inessentiel.
 
 
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