04 février 2008
3ème station
Un sentiment amoureux. L'erreur à ne pas commettre est souvent celle qui nous vient à l'esprit. L'avidité avec laquelle on s'empare de l'image de l'autre devient le négatif, la négation de ce pourquoi on croyait.
Un sentiment d'impuissance. L'erreur à ne pas commettre est souvent celle qui nous vient, les larmes aux yeux. Une envie de pleurer imbécile en regardant le sol, alors que le soleil invite à bien des plaisirs.
Des sentiments contradictoires. L'erreur à ne pas commettre est souvent celle qui nous invite à les opposer. La coutume est meurtrière mais l'usage se souvient parfois que les antagonismes sont complémentaires.
Abandonner ses illusions n'était pas les perdre. Pourrait-on parler de les ranger ? Lambert en avait empilé plusieurs dizaines de boîtes dans les coins de son appartement. La sensation était plus proche de la libération que de l'abandon, comme une envie de mordre après avoir joui.
Il ne restait forcément que soi dans ce carnage arbitraire.
La Voie du milieu prend des tournures de cirque infernal quand on marche sur les mains. Lambert perdit sciemment le fil conducteur et l'adresse de destination, mais la suite de l'histoire restait gravé dans sa mémoire. Ce serait peut être une belle histoire.
21:00 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
12 janvier 2008
La grippe du chien
Robert Legros.
Lambert n'apparaissait guère sous sa forme la plus commune. Il faisait peau neuve à force de jouer au pervers polymorphe sur l'échelle de Jacob.
Si l'évolution et l'âme humaine procédaient par bonds vers une destination connues d'elles seules, alors Lambert arrivait au bout d'une de ses destinations dont on ne revient jamais.
Entraîné par une certaine logique des évènements, une marche (puis l'autre) amenèrent Lambert à remettre en cause des principes. Restaient la curiosité et l'inéluctable comme pendants aux joies et aux horreurs à venir.
Même suspendu dans l'espace, Lambert regarderait tout à tour « en bas » et « en haut », scories infantiles pour se rassurer avant de rendre son dernier souffle.
D'ici là, l'heure était celle de la vitalité.
Tout cela permettrait désormais à Lambert de faire un bon accueil à l'immaîtrisable.
16:32 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
18 novembre 2007
L'éternel retour
Lambert prit le large à tire d'aile, sans l'ombre d'un doute mais à pas comptés vers le sud. Ce fut un long voyage où le temps s'effondra, réduisant simultanément les derniers mirages de certains soirs en poussière. Cependant, Lambert affectionnait une certaine tolérance à l'endroit de l'obscur ; il tomba sciemment dans la fascination de l'autre pour une énième dernière fois.
Il y aurait des contes pour des années, entre cette actrice fatiguée morte dans l'oubli, cet homme fatigué qui s'emmurait mais aussi ces chats qui parlaient parfois à l'ombre des citrus. Ces derniers racontèrent à Lambert l'histoire d'une femme revenue sept ans plus tôt du détroit de Messine. On la trouvait dans un bar éponyme et la vie suivait ainsi son cours détournée pour le meilleur et pour le pire.
Le mouvement pouvait être superflu. Lambert ne bougea plus jusqu'à l'aube d'une métamorphose convoitée qui se déroulait à deux pas ici : Il fallait bien rentrer, puisque était encore possible.
20:36 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
09 septembre 2007
Sur le rivage
- Il va y avoir un revirement du destin non ?
- Excatement, dit Oshima. C'est ce qui fait le sel des histoires :
[...] »
Haruki Murakami, Kafka sur le rivage.
Prenons une idée non-circulaire qui sent bon la marée. On peut ne pas aimer cette odeur, encore moins l'idée de cette odeur, mais saluer le vieil océan est pourtant la moindre des politesses ; mieux encore : une raison suffisante de se sentir bien, ici et maintenant.
L'appartement de Lambert empestait le poisson, non sans raison. Sur cette île déserte, il mangeait cru, puisqu'on était vendredi. La marée montait moins vite que prévue, une chance pour lire d'avantage, les pieds léchés par l'écume des jours.
Cette île était une corde. Un seul faux-pas sur l'étroite bande de sable, ou sur les vagues minuscules, et c'était la clameur d'un autre monde qui chercherait désormais Lambert désespérément. Ses traçes s'estompaient trop vite pour qu'on puisse remonter la piste qui menait jusqu'à lui.
Il y avait un temps superbe ; c'était un bon prétexte pour être heureux, mais il aurait tout aussi bien pu tomber des sardines et des maquereaux.
De toute façon, ça sentait déjà le poisson.
12:35 Publié dans Chroniques, Interstice(s), Lao Tseu a dit..., Pur sucre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
22 juillet 2007
O gente da minha condição
Albert Camus. Le mythe de Sisyphe.
Des points épars dans le quotidien. En les reliant, Lambert remarqua qu'une forme cohérente existait. Cette vison sous-jacente traçait d'autres itinéraires dans les maré(cages)es immobiles de certains souvenirs. De cette conscience là, le temps passa vite, comme un navire certain de sa destination. L'esquive du tragique n'était pas une vertu, ni une seconde nature. Cela pouvait être une malédiction.
22:20 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
29 mars 2007
Fum al Hut
- « J'en conviens, les affaires humaines iraient beaucoup mieux s'il était également au pouvoir de l'homme de se taire ou de parler. Mais l'expérience montre assez -- et au-delà -- que les hommes n'ont rien moins en leur pouvoir que leur langue, et qu'ils ne peuvent rien moins que de régler leurs désirs ; d'où vient que la plupart croient que nous n'agissons librement qu'à l'égard des choses que nous désirons modérément, parce que le désir de ces choses peut être facilement contrarié par le souvenir d'une autre chose dont nous nous souvenons souvent ; mais que nous ne sommes pas du tout libres à l'égard des choses que nous désirons vivement et qui ne peut être apaisé par le souvenir d'une autre chose. Mais, en vérité, s'ils ne savaient par expérience que nous accomplissons plus d'un acte dont nous nous repentons ensuite, et que souvent -- par exemple quand nous sommes partagés entre des sentiments contraires -- nous voyons le meilleur et suivons le pire, rien ne les empêcherait de croire que nous agissons toujours librement. »
Spinoza. Éthique, livre III, scolie de la proposition II
Sur le chemin d'une connaissance, presque intime, ce qui est indicible peut se manifester par un geste d'amour. Là où des imbéciles voyait le nombril de Lambert, lui ne voyait que la poutre dans leurs yeux trop fatigués. De toute façon, Lambert n'était pas assez égoïste pour hurler avec les loups, mais il s'employait parfois à imiter le cri du cochon solipsiste afin d'avoir la paix dans les basses-cours de moins en moins obligatoires.
Restait alors un temps, plus lentement. L'illusion d'un « pour toujours » entre les mailles d'un filet qu'on a tissé de ses propres mains. Une syncope qui résumait trente cinq années, les justifiant dans la compréhension soudaine d'une réponse à l'échelle humaine.
14:10 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poisson, Fum al Hut, Alrisha, brel, spinoza, éthique
08 mars 2007
Éphéméride
- « Tu entendras la plupart des gens dire : « À cinquante ans je prendrai ma retraite, ma soixantième année me laissera quitter toute obligation », Et quelle est enfin cette garantie d’une vie plus longue que celle que tu reçois ? Qui souffrira que cela aille selon tes dispositions ? N’as-tu pas honte de te réserver les restes de ta vie et de destiner à la rationalité seulement le temps qui ne peut être employé à aucune tâche ? N’est-il pas fort tard de commencer à vivre au moment où il faut s’arrêter ? Quelle folie d’oublier sa condition mortelle, de remettre à sa cinquantième et soixantième année de saines résolutions et de vouloir commencer sa vie à partir du point où peu de gens sont parvenus. »
Sénèque. De la brièveté de la vie. trad. d'Emmanuel Naya
Il suffisait de ce baiser narcissique et d'une seconde supplémentaire : la vie de Lambert devenait ponctuellement infinie.
17:15 Publié dans Chroniques, Lao Tseu a dit... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06 février 2007
In vino voluptate

18:00 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29 janvier 2007
Rupture dans la distanciation
Lambert était né 3 fois en une même nuit dans un hôpital presque désert. La sage-femme était alcoolique et les nouveaux-nés portèrent tous le même nom, une nuit entière.

23:05 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
22 décembre 2006
In aqua veritas
- « Donner de l'amour, c'est vouloir donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas. »
- « [...] Pendant les années noires, vous vous êtes bien trop laissé ballotter au gré du courant, au point de frôler la noyade, pour supporter aujourd'hui la moindre approximation dans votre façon de localiser chaque geste, dans le choix des circonstances comme dans celui des mots [...] »
Dominique Autié. Le bec dans l'eau.
Aussi, exactement, Lambert vit la ronde des interstices recouvrir le monde commun ; C'était comme autant de portes, de réservoirs de vie, d'amoncellement d'amour(s) possible(s). Il fallait en finir avec l'inertie de la verticalité stérile, cette coïncidence du cercle qui rendait la mort heureuse.
Tout n'allait pas changer : Tout avait déjà changé en silence ; comme la pellicule de neige sur les toits paisibles d'une paix inventée de toute pièce. Comme la pellicule de neige qui rendait glissante les derniers mètres qui suspendait Lambert entre l'ancien et le nouveau monde. Il eut mille fois peur de tomber dans l'abîme et cent fois l'envie de s'y jeter. Puis la curiosité fit taire le bestiaire millénaire.
Visiblement, l 'autre coté du pont était fait d'eau vive.
23:20 Publié dans Cadavres Exquis, Chroniques, Interstice(s), Roman progressif, Tailler en pièces | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note











