28 avril 2010
En attendant que le vent se lève.
"Il était là. Sa lumière froide rayonnait comme une source de silence, comme une virginité déserte et étoilé."
Julien Gracq, Le rivage des Syrtes.
Le regard encore un rien voilé.
Le fol espoir vite combattu d’avoir demain ici et maintenant.
Avant que le vent se lève, Lambert sera plus loin.
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02 janvier 2010
L'ivresse des profondeurs
"Mais pourquoi avait-il fallu que j'abandonne l'ancien monde pour venir dans ce monde fini ?Je n'arrivais pas à me souvenir ni des détails, ni du sens, ni du but de ce voyage? Quelque chose, une force, m'avait propulsé dans ce monde-ci. Une force incoercible, irraisonnée. C'est à cause d'elle que j'avais perdu mon ombre et ma mémoire. C'est elle qui allait me faire perdre aussi mon coeur."
Haruki Murakami, La fin des temps.
Le ciel se soulevait. Une aube en pleine nuit. La ferme intention de ne pas fermer l'oeil de la nuit ; une obsession. Lambert se souvenait du champ de bataille des anciens rêves avortés. C'était aujourd'hui une prairie verdoyante. Quelques pierres jonchaient encore les hautes herbes, inutiles témoins du temps jadis, à un détail près.
En connaissance de cause, Lambert savait ce qu'il lui restait à faire.

04:22 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15 novembre 2009
De la nécessité de mourir plusieurs fois
"Cras ingens iterabimus aequor."
Horace
Des voyages. Lambert connaissait quelques endroits où la mémoire de certains d'entre-nous vivaient encore. Il eut fallut écouter attentivement, d'un pas pressé, la ligne médiane de son propre cheminement pour ouvrir les yeux et rêver. C'était cette époque là qui s'ouvrait.
La somme de ces rêves n'étaient négociables nulle part, ce qui en augmentait leur valeur. L'opacité finissait par s'estomper par quelques indices ; Le bruit du vent sentait bon la solitude, quelques odeurs inconnues en annonçait la fin toute proche, la peur qui se mettait en quatre pour tenter sa chance et l'autre coté du miroir attendait son heure.
Le bonheur d'être ici restait intact car plus personne ne pouvait être pardonné davantage.
23:05 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : ici et maintenant, là-bas au loin, demain nous prendrons les routes de la vaste mer.
21 juin 2009
La pensée de Midi (l'énigme de l'heure 2/2)
"Il devrait exister une science de la contrariété. Les gens ont besoin d'épreuves difficiles et d'oppression pour développer leurs muscles psychiques.
"
Franck Herbert. Dune.
Il est des lieux qui ressemblent à ce qu’ils doivent être.
Lambert s’était attardé sur l’un de ses rivages particuliers où il crut pouvoir regarder le ciel d’autrui.
Il marqua un temps là où l’on peut mourir plusieurs fois, à condition d’avoir la maîtrise d’une maladresse rarissime.
De cette herméneutique surgit alors la volonté de se lover dans le creuset insensé, réel, d’un Avenir, dont le prix était l’Abandon.
Quelques anciennes habitudes hurlaient des vieilles incantations stériles. Une profonde tristesse n’eut animé Lambert s’il n’eut la certitude que ces chants recélaient le point d’orgue nécessaire qui tracerait une nouvelle route.
La Terre pulsait, juste avant la fin de ce monde. Quel monde ?
Pas de plans à l’horizon ?
Le sourire de Lambert flottait dans l'air.
12:00 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pensée, midi, monde, temps, avenir
04 février 2008
3ème station
Un sentiment amoureux. L'erreur à ne pas commettre est souvent celle qui nous vient à l'esprit. L'avidité avec laquelle on s'empare de l'image de l'autre devient le négatif, la négation de ce pourquoi on croyait.
Un sentiment d'impuissance. L'erreur à ne pas commettre est souvent celle qui nous vient, les larmes aux yeux. Une envie de pleurer imbécile en regardant le sol, alors que le soleil invite à bien des plaisirs.
Des sentiments contradictoires. L'erreur à ne pas commettre est souvent celle qui nous invite à les opposer. La coutume est meurtrière mais l'usage se souvient parfois que les antagonismes sont complémentaires.
Abandonner ses illusions n'était pas les perdre. Pourrait-on parler de les ranger ? Lambert en avait empilé plusieurs dizaines de boîtes dans les coins de son appartement. La sensation était plus proche de la libération que de l'abandon, comme une envie de mordre après avoir joui.
Il ne restait forcément que soi dans ce carnage arbitraire.
La Voie du milieu prend des tournures de cirque infernal quand on marche sur les mains. Lambert perdit sciemment le fil conducteur et l'adresse de destination, mais la suite de l'histoire restait gravé dans sa mémoire. Ce serait peut être une belle histoire.
21:00 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
12 janvier 2008
La grippe du chien
Robert Legros.
Lambert n'apparaissait guère sous sa forme la plus commune. Il faisait peau neuve à force de jouer au pervers polymorphe sur l'échelle de Jacob.
Si l'évolution et l'âme humaine procédaient par bonds vers une destination connues d'elles seules, alors Lambert arrivait au bout d'une de ses destinations dont on ne revient jamais.
Entraîné par une certaine logique des évènements, une marche (puis l'autre) amenèrent Lambert à remettre en cause des principes. Restaient la curiosité et l'inéluctable comme pendants aux joies et aux horreurs à venir.
Même suspendu dans l'espace, Lambert regarderait tout à tour « en bas » et « en haut », scories infantiles pour se rassurer avant de rendre son dernier souffle.
D'ici là, l'heure était celle de la vitalité.
Tout cela permettrait désormais à Lambert de faire un bon accueil à l'immaîtrisable.
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18 novembre 2007
L'éternel retour
Lambert prit le large à tire d'aile, sans l'ombre d'un doute mais à pas comptés vers le sud. Ce fut un long voyage où le temps s'effondra, réduisant simultanément les derniers mirages de certains soirs en poussière. Cependant, Lambert affectionnait une certaine tolérance à l'endroit de l'obscur ; il tomba sciemment dans la fascination de l'autre pour une énième dernière fois.
Il y aurait des contes pour des années, entre cette actrice fatiguée morte dans l'oubli, cet homme fatigué qui s'emmurait mais aussi ces chats qui parlaient parfois à l'ombre des citrus. Ces derniers racontèrent à Lambert l'histoire d'une femme revenue sept ans plus tôt du détroit de Messine. On la trouvait dans un bar éponyme et la vie suivait ainsi son cours détournée pour le meilleur et pour le pire.
Le mouvement pouvait être superflu. Lambert ne bougea plus jusqu'à l'aube d'une métamorphose convoitée qui se déroulait à deux pas ici : Il fallait bien rentrer, puisque était encore possible.
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09 septembre 2007
Sur le rivage
- Il va y avoir un revirement du destin non ?
- Excatement, dit Oshima. C'est ce qui fait le sel des histoires :
[...] »
Haruki Murakami, Kafka sur le rivage.
Prenons une idée non-circulaire qui sent bon la marée. On peut ne pas aimer cette odeur, encore moins l'idée de cette odeur, mais saluer le vieil océan est pourtant la moindre des politesses ; mieux encore : une raison suffisante de se sentir bien, ici et maintenant.
L'appartement de Lambert empestait le poisson, non sans raison. Sur cette île déserte, il mangeait cru, puisqu'on était vendredi. La marée montait moins vite que prévue, une chance pour lire d'avantage, les pieds léchés par l'écume des jours.
Cette île était une corde. Un seul faux-pas sur l'étroite bande de sable, ou sur les vagues minuscules, et c'était la clameur d'un autre monde qui chercherait désormais Lambert désespérément. Ses traçes s'estompaient trop vite pour qu'on puisse remonter la piste qui menait jusqu'à lui.
Il y avait un temps superbe ; c'était un bon prétexte pour être heureux, mais il aurait tout aussi bien pu tomber des sardines et des maquereaux.
De toute façon, ça sentait déjà le poisson.
12:35 Publié dans Chroniques, Interstice(s), Lao Tseu a dit..., Pur sucre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
22 juillet 2007
O gente da minha condição
Albert Camus. Le mythe de Sisyphe.
Des points épars dans le quotidien. En les reliant, Lambert remarqua qu'une forme cohérente existait. Cette vison sous-jacente traçait d'autres itinéraires dans les maré(cages)es immobiles de certains souvenirs. De cette conscience là, le temps passa vite, comme un navire certain de sa destination. L'esquive du tragique n'était pas une vertu, ni une seconde nature. Cela pouvait être une malédiction.
22:20 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
29 mars 2007
Fum al Hut
- « J'en conviens, les affaires humaines iraient beaucoup mieux s'il était également au pouvoir de l'homme de se taire ou de parler. Mais l'expérience montre assez -- et au-delà -- que les hommes n'ont rien moins en leur pouvoir que leur langue, et qu'ils ne peuvent rien moins que de régler leurs désirs ; d'où vient que la plupart croient que nous n'agissons librement qu'à l'égard des choses que nous désirons modérément, parce que le désir de ces choses peut être facilement contrarié par le souvenir d'une autre chose dont nous nous souvenons souvent ; mais que nous ne sommes pas du tout libres à l'égard des choses que nous désirons vivement et qui ne peut être apaisé par le souvenir d'une autre chose. Mais, en vérité, s'ils ne savaient par expérience que nous accomplissons plus d'un acte dont nous nous repentons ensuite, et que souvent -- par exemple quand nous sommes partagés entre des sentiments contraires -- nous voyons le meilleur et suivons le pire, rien ne les empêcherait de croire que nous agissons toujours librement. »
Spinoza. Éthique, livre III, scolie de la proposition II
Sur le chemin d'une connaissance, presque intime, ce qui est indicible peut se manifester par un geste d'amour. Là où des imbéciles voyait le nombril de Lambert, lui ne voyait que la poutre dans leurs yeux trop fatigués. De toute façon, Lambert n'était pas assez égoïste pour hurler avec les loups, mais il s'employait parfois à imiter le cri du cochon solipsiste afin d'avoir la paix dans les basses-cours de moins en moins obligatoires.
Restait alors un temps, plus lentement. L'illusion d'un « pour toujours » entre les mailles d'un filet qu'on a tissé de ses propres mains. Une syncope qui résumait trente cinq années, les justifiant dans la compréhension soudaine d'une réponse à l'échelle humaine.
14:10 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poisson, Fum al Hut, Alrisha, brel, spinoza, éthique











