20 mai 2007

Ce soir à Samarcande

« Privée d'immédiateté, la réalité humaine est, tout naturellement, également privée de présent. Ce qui signifie que l'homme est privé de réalité tout court, si l'on en croit là-dessus les stoïciens, dont un des points forts fut d'affirmer que la réalité se conjuguait mal au seul présent. Mais le présent serait par trop inquiétant s'il n'était qu'immédiat et premier : il n'est abordable que par le biais de la re-réprentation, selon donc une structure itérative qui l'assimile à un passé ou un futur à la faveur d'un léger décalage qui en érode l'insoutenable vigueur et n'en permet l'assimilation que sous les espèces d'un double plus digeste que l'original dans sa crudité première. D'où la nécessité d'un certain coefficient d' « inattention de la vie » au sein même de la perception attentive et utile. »

Clément Rosset. Le réel et son double.

 

 

Lambert semblait vivre au ralenti comme pour affirmer l'adhésion aux évènements de sa vie. Dans les moments de désespoirs qui tentent parfois leurs danses macabres, Lambert ne s'enfuyait plus comme autrefois. Pourquoi fuir là où il était sûr d'aller au devant d'une fatale détresse ? Il restait tel qu'en lui même à regarder les vastes paysages récemment conquis sur sa part de ténèbres.

L'orchestre finissait de s'accorder ; moment délicieux et cacophonique qui procurait à Lambert cette sensation merveilleuse d'être parmi nous, ici et maintenant. Il n'y aurait pas d'alexandrins, ni même une histoire immortelle dans l'acte suivant la tragédie de l'acte manqué. Lambert ne serait pas à Samarcande ce soir. Le lapin du siècle.
 
 
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© Arno Fischer. Marlène Dietrich, Moscou, 1964. 
 

08 mai 2007

Fluctuat

« Nous approchions de la nuée. Des noms s'illuminaient. Le ciel s'emplissait de météores politiques et littéraires. Les surprises crépitaient. Les doux bêlaient, les aigres miaulaient, les gras mugissaient, les maigres rugissaient. »

Paul Valéry. Monsieur Teste.



Après la traversé du désert, vint l'étanchement d'une soif aux accents immobiles. Les secondes devinrent le terreau fertile de la contemplation d'un nouveau monde. L'introspection rendaient les oiseaux moins craintifs ; sur les chemins obligatoires de la vie courante, Lambert les voyait par dizaine, plus proches que jamais, s'égayant d'abondance avec la candeur caractéristique dans l'illusion d'un renouveau au quotidien. Le pire n'est jamais certain dans la grande volière-nursery de l'occident. Aussi un cortège de petites joies tombèrent sur leurs plumes comme autant de paillettes d'or et tous les moineaux crurent devenir des phénix assez peu de temps pour y croire.

 

Les courants d'airs envahissaient une ville, un pays, un continent assiégés par le manque. Il faisait tellement froid que Lambert s'enroua au point de devenir un autre. Personne ne le reconnu pendant plusieurs jours, presque physiquement. De ce mutisme forcé apparu une lutte intérieure pour tenter d'exister sans le leurre de la reconnaissance des siens. S'ensuivit une grande quiétude d'avoir toujours à perdre ce qu'on croyait être essentiel ; le pépiement des oiseaux sous un ciel pâle.

 

 

 

 

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19 février 2007

Solidification

« Les bonnes idées sont celle qui viennent en marchant... Il existe au monde un chemin sans autre pareil et que nul ne peut frayer, toi excepté. Où mène-t-il ? Ne le demande pas. Suis-le. »

Friedrich Nietzsche

 

 

Le noir et le blanc étaient les couleurs du rêve ; cela permettait à Lambert de faire la part des choses.

Parfois pourtant, les genres se mélangeaient, et un paysage radieux se voyait baigné dans une lumière d'un bleu monochrome, tandis que mille reflet arc-en-ciel rendait superbe un simple verre d'eau.

Par le passé, ces particularités furent effrayantes. Naviguer en eau trouble nous expose à nous même avec l'heureuse destinée de perdre au moins une idiote innocence.

C'est en cela que creuser à mains nues la tombe de ses illusions provoque parfois un éveil, presque douloureux ; un changement de spectre.

Lambert trouvait sa place dans le monde qui existait encore, dans la transparence d'une eau qui s'évapore doucement au soleil. 

 

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© 

 

11 septembre 2006

Hyperventilation

Lambert se tenait contre l'embrasure d'une porte tout à fait banale. La chambre et le salon devenaient pour chaque oeil un nouvel univers. En louchant un peu, Lambert parvint confusément à percevoir ce qu'il aurait dû remarquer bien plus tôt.

 

Récrire l'histoire devenait la seule façon d'enSenser chaque parcelle, qui sinon, disparaissaient une à une.

 

Sans une prison bien réelle, quel désir d'en sortir ?

 

 

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29 juillet 2006

Ontologie estivale

Déménager chez soi comme retour intérieur ? En guise de phare, Lambert voyait des millions d'étoiles mais ne pourrait jamais les compter. C'est ainsi qu'il trouva sa une route dans le reflet d'un oeil d'or.

 

 

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10 juin 2006

Chat perché

Dès l'enfance, les rêves de Lambert défilaient sans en ordonner l'unité de lieu. Une même situation se retrouvait selon l'angle sur des rocheuses, dans un pré ou encore dans le vide. Lambert pensa longtemps son désintérêt pour la forme au profit de la narration, puis sa propension à quitter les lieux ou il se trouvait physiquement pris de l'ampleur et devint un rituel ; comme si il fallait résoudre quelques mystères juste cachés à la lisière des angles. Où que ce soit, avant de partir, invariablement, Lambert fixait un point qui semblait imaginaire quelques instants avant de renoncer à jouer les prolongations plus longtemps, fuyant presque tout à coup ce qu'il lui a été donné de voir.  

 

 

 

21 mai 2006

Multiplicité

« [...] On rêve d'être quelqu'un, et l'on s'aperçoit qu'on est plusieurs ou qu'on est personne. Le Bouddha l'enseignait déjà : toute vie se résout dans la conscience du caractère fictif de notre être. Pour y parvenir, sans doute faudrait-il acquérir d'abord l'art de feindre la normalité, de soutenir son rôle ad nauseam, de persévérer dans le mensonge. ce liant de la vie sociale. [...] »
Roland Jaccard. La Tentation nihiliste.
 
 
Savoir se repérer semblait incongru. Lambert dessinait méthodiquement sa carte d'une étendue désertique qu'on aurait pu appeler une presqu'île en étant optimiste. Les vents convergeaient, avec leurs alphabets innombrables. L'histoire mouvante, sous le sable, crissait comme on pose en société. Le mouvement des dunes indiquait la direction à éviter, pourtant Lambert les suivit de loin.
 
 
 
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16 avril 2006

X

Le rituel du lever impliquait la résonance d'un sacré jamais appris. D'une infime résurrection chaque jour, quelques pas de plus vers l'inconnu conférait un relief inouï à l'amour du prochain.

 

 

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Gustave Doré

05 avril 2006

Corporel

L’éphémère fleurissait, recouvrant comme un lichen l’histoire des hommes. Lambert prenait son temps à guetter quelques vestiges de l’Immuable dont les signes transcendants éblouissaient quand les jours de grand soleil pleuvaient avec toute la verticalité disponible. Le parti pris du corps avait ses limites ; Lambert marchait trop pour être véritablement contemplatif. Certaines idées se cueillent immobiles, à moins de courir derrière la patine enviable d’Autres plus ou moins aboutie. L’envie fut longtemps un poison dont Lambert s’était immunisé, avec beaucoup d’orgueil d’ailleurs. Derrière cette illusion perlait l’incertitude malgré les battues dans la forêt hantée de l’histoire familiale. Rien de plus trivial en somme que ces secrets bien gardés, ombres nécessaires à la mise en relief d’une existence qu’on voudrait paisible.
 
 
 

25 février 2006

Cellulose

L'instabilité des objets qui entouraient Lambert était primordiale. Une pile de livres qui dégringolait soudain en avalanche se révélait tiges d'achillée ; D'une réponse incongrue venait le questionnement.

 

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