16 juin 2007

Avis favorable

« L'expérience m'ayant appris à reconnaître tous les événements ordinaires de la vie commune sont choses vaines et futiles, j'ai pris la résolution de rechercher s'il existe un bien véritable qui puisse seul remplir l'âme tout entière, un bien qui donne à l'âme quand elle le trouve l'éternel et suprême bonheur. »

Spinoza.Traité de la réforme et de l'entendement.


Lambert vieillissait d'un seul coup. Il n'y avait rien à faire. D'ailleurs cela le ravissait, lui qui n'avait jamais été pris au sérieux lorsqu'il racontait des histoires. Désormais, il y avait la certitude que la Joie était accessible ; peu de regrets composaient ce gâteau de non-anniversaire.

 

Il était néanmoins difficile de rester en place au milieu de nouveaux paysages ; à moins de brûler toutes les photos du relief de son passé, pour n'en garder que la sensation d'altitude.

 

 

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20 mai 2007

Ce soir à Samarcande

« Privée d'immédiateté, la réalité humaine est, tout naturellement, également privée de présent. Ce qui signifie que l'homme est privé de réalité tout court, si l'on en croit là-dessus les stoïciens, dont un des points forts fut d'affirmer que la réalité se conjuguait mal au seul présent. Mais le présent serait par trop inquiétant s'il n'était qu'immédiat et premier : il n'est abordable que par le biais de la re-réprentation, selon donc une structure itérative qui l'assimile à un passé ou un futur à la faveur d'un léger décalage qui en érode l'insoutenable vigueur et n'en permet l'assimilation que sous les espèces d'un double plus digeste que l'original dans sa crudité première. D'où la nécessité d'un certain coefficient d' « inattention de la vie » au sein même de la perception attentive et utile. »

Clément Rosset. Le réel et son double.

 

 

Lambert semblait vivre au ralenti comme pour affirmer l'adhésion aux évènements de sa vie. Dans les moments de désespoirs qui tentent parfois leurs danses macabres, Lambert ne s'enfuyait plus comme autrefois. Pourquoi fuir là où il était sûr d'aller au devant d'une fatale détresse ? Il restait tel qu'en lui même à regarder les vastes paysages récemment conquis sur sa part de ténèbres.

L'orchestre finissait de s'accorder ; moment délicieux et cacophonique qui procurait à Lambert cette sensation merveilleuse d'être parmi nous, ici et maintenant. Il n'y aurait pas d'alexandrins, ni même une histoire immortelle dans l'acte suivant la tragédie de l'acte manqué. Lambert ne serait pas à Samarcande ce soir. Le lapin du siècle.
 
 
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© Arno Fischer. Marlène Dietrich, Moscou, 1964. 
 

27 février 2007

Cartographie

« La conscience en réalité se trouve prise entre deux contradictions : ou le bien, sommé d'être bon à tout prix, se niera lui-même, ou le bien, plus soucieux de survivre sera provisoirement infidèle à soi. »

Vladimir Jankélévitch

 

 

 De l'autre coté, quelques fous brûlaient leurs vaisseaux.

 

Ici et maintenant, Lambert était le descendant d'un rivage qui épousa des naufragés volontaires.

 

Au beau milieu d'une ville, les lacets défaits, Lambert courba l'échine et fit un noeud marin pour ne pas oublier d'où il venait.

 

Cela impliquait de savoir où il devait se rendre.

 

 

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24 janvier 2007

Bivouac (2/2)

La pente était douce. Le campement semblait un souvenir de la matinée d'avant. Lambert traverserait le torrent multilatéral devant lui dans quelques minutes. Il entendait les cris de ceux qui avaient cru un jour que ce cours d'eau était le Styx.

Etait-ce le privilège des morts ?
 
 
 
 
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© 
 

22 décembre 2006

In aqua veritas

« Donner de l'amour, c'est vouloir donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas. »
Jacques Lacan
« [...] Pendant les années noires, vous vous êtes bien trop laissé ballotter au gré du courant, au point de frôler la noyade, pour supporter aujourd'hui la moindre approximation dans votre façon de localiser chaque geste, dans le choix des circonstances comme dans celui des mots [...] »

Dominique Autié. Le bec dans l'eau.



Les nuits étaient courtes et le même univers aux odeurs de métal chaud semblait devenir l'unique horizon onirique de Lambert.  La fournaise d'une fonderie recyclait sans fin les anciennes passions. Un bestiaire tenace passait la nuit à tergiverser ; Des mots sortirent un pont à traverser : la destinée de Lambert prit la trajectoire qui s'offrait alors.

Aussi, exactement, Lambert vit la ronde des interstices recouvrir le monde commun ; C'était comme autant de portes, de réservoirs de vie, d'amoncellement d'amour(s) possible(s). Il fallait en finir avec l'inertie de la verticalité stérile, cette coïncidence du cercle qui rendait la mort heureuse.

Tout n'allait pas changer : Tout avait déjà changé en silence ; comme la pellicule de neige sur les toits paisibles d'une paix inventée de toute pièce. Comme la pellicule de neige qui rendait glissante les derniers mètres qui suspendait Lambert entre l'ancien et le nouveau monde. Il eut mille fois peur de tomber dans l'abîme et cent fois l'envie de s'y jeter. Puis la curiosité fit taire le bestiaire millénaire.

Visiblement, l 'autre coté du pont était fait d'eau vive.
 
 
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22 octobre 2006

Le jour le plus long

Lambert pris le large sans rendez-vous. À l'intérieur des voiles qui le poussaient au loin, le soleil dessina un chemin possible entre deux mers. Sur cette carte, les états-d'âmes formaient une île à l'opposé des circonstances. Une plage de sable blanc cachait perfidement un cimetière de baleineaux qui écoutèrent le chant des hommes. L'embarcation allait se naufrager, trop fière pour accoster sans encombres.

Bien plus tard, tandis que la catastrophe fut consommée,  Lambert chercha une forêt de conifères pour s'y reposer. Certains troncs le reconnurent et se penchèrent pour lui chuchoter des années d'insignifiantes mais tendres anecdotes. La peur les étreignaient, comme un hiver qui s'en va trop vite. Leurs troncs liés serviraient d'embarcation vers la terre ferme.

 

À condition de trouver une hache.

 

 

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27 septembre 2006

Délit de fuite

Écrire. Pour Lambert cela s'articulait autour du non-dit. Certains de ses proches avaient parfois confondus le masque et la plume sans se douter un seul instant que leur unicité était toute relative. Tandis qu'ici ou là une amitié naissait ou perdurait (presque par hasard), Lambert, lui, était apparu sans l'ombre d'un hasard ni d'un remords.

Le réel était partout, en sur-jeu, sans grand effort de décorum. L'autophagie n'était qu'un sac de bruit qui importait de moins en moins. La seule difficulté procédait de ne pas se perdre sur les larges voies de bonnes intentions.

Le chemin escarpé des falaises d'un rêve tenace ne tentaient cependant pas Lambert le moins du monde.
 
Il ne restait qu'a créer une porte. Ardemment.
 
 
 
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27 juin 2006

Manuel d'anti-superstition

Lambert ne dormait pas. Pas un seul rêve même éveillé ne venait se superposer au monde. Pourtant, une nouvelle perception sonore sur la corde du destin fit apparaître toute la dimension d'un réel plus grand que nature. Un verre de cidre devint le jardin des Hespérides tout entier. Lambert se souvint qu'aimer la musique spectrale, c'était aussi comprendre la disharmonie comme enchantement du monde. C'était le moment idéal pour refuser toute prédiction sur l'avenir - quel plaisir de garoter la superstition avec un pendule - . Les fenêtres ouvertes étaient les meilleures amies de Lambert ; un énième château de cartes s'effondrait et c'était le déplacement de l'air le plus pur qui en était responsable.
 
 
 
 
 
 
 

14 mai 2006

Singularité descriptive

Perdre la tête n'était pas une activité révolutionnaire. Cela pouvait revêtir une finalité, un état de grâce, une tangente. Si lointaine, si proche, la normalité aliénait par la souveraineté de l'habitude. De guerre lasse, plus tôt qu'un autre jour, Lambert fit le dos rond face à l'immuable. Il décida d'en perdre le sens commun et de marcher droit devant.
 
 
 
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09 mai 2006

Le noyau

Les ombres s'étiraient sous les yeux de Lambert. Les néons eux-même ne lui expliquèrent pas cette étrangeté. L'odeur de la terre mouillée revenait comme Proust dans un lieu public en sous-sol. Une femme entretenait l'effet de la faim pour éviter la boulimie convulsive. Ses pensées effleuraient quelques-uns qui finirent par se regarder eux même, réfléchissant leur respectabilité sur le monde. Il ferait bientôt nuit ici bas mais des escaliers indiquaient une éclaircie et le vent frais. Dehors, l'abondance n'engendrait pas l'amour non plus, nota Lambert qui s'en moquait un peu. Après tout, qui sait de quoi rêvent les électrons ?
 
 
 

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