02 juillet 2006
Haut de Forme
Les cheveux de Lambert poussaient depuis peu selon un ordre établi. De leurs longueurs dépendaient sa vision du monde ou plus exactement l'intérêt d'en occulter la lisière. Ce monde agissait comme un accélérateur dont nous étions les particules hirsutes. Le choc des civilisations provoquait une réaction en chaînes et - surtout - la crainte de l'alopécie. Bénéficiant d'une corne d'abondance, Lambert égayait ses antennes à la recherche du temps perdu à venir dont l'incertitude excitait l'imagination.
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10 avril 2006
Une guerre pudique
Avant la nuit, un train arriverait en gare, puis un autre encore.

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03 avril 2006
L'effet tunnel
Quand un passage s’ouvre au moment même où le livre vous tombe des mains, il faut sauter le fossé. C’est ivre de sommeil que l’inhibition se dissout. Guetter l’instant où tout bascule n’a alors plus de sens. Lambert avait presque compté le nombre de reflets et les rencontres qu’occasionnent les voyages immobiles. Il avait finit par cesser, redoutant l’amplitude d’une attente trop longue ou le bonheur d’un chaleureux échange.
Paradoxalement, se rapprocher de cet éloignement était une aventure inédite.
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24 mars 2006
365 jours (ou presque)
Merci aux milliers d’entres vous de venir sur ce journal, silencieusement ou non, depuis 365 jours (ou presque). Des liens ont parfois été crées, incroyables de générosité et de bienveillance.
« Une certaine résistance au Monde me retient chaque jour davantage. »
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10 mars 2006
My beautiful laundrette.
Lambert connaissait bien cette laverie aux néons crus. Il y régnait constamment cette gène de ceux qui trient leur linge ou qui attendent l'ultime tour de passe-passe. Désynchronisation et arythmie globale pour tambours recyclés. La lessive faisait disparaître les péchés d'une semaine, parfois moins. Le distributeur automatique d'hosties lavantes (biodégradable à 99,9 %) respectait l'anonymat de chacun. Les confessions était cachés dans les replis des poches ; Des caleçons souillés (100 % coton) seraient purifiés à l'infini. Les robes et chemises ne sentiraient plus les parfums indiscrets. Toute l'impersonnalité du lieu devenait intime et lourd de confidences. Lambert entendait des chuchotements : connivences mécaniques, succions réciproques sur fonds chromés. Il arrivait même à l'une d'elles de se noyer, débordante et presque heureuse de faillir dans l'eau savonneuse ou l'essorage éternel. De tels vortex aux connivences outrées comme autant d'yeux hypnotiques. Un vieux était d'ailleurs immobile devant Sa Machine depuis une demi heure. Un autre faisait semblant de lire en arborant un T-Shirt « hate me ». Une mère lâchait prise tandis que son bambin turbulent apprenait les rites sur la devanture embuée. Tout un pan de la dignité humaine transitait ici. Fin du cycle, il fallait sécher sa serviette comme on séche ses larmes. Dix minutes plus tard, plus rien n'était comme avant.
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31 janvier 2006
Intelligible
Lambert avait noté une foultitude d'impressions, de livres « à lire absolument », quelques émissions de radio à écouter « en différé », des envies de voyages et d'amour même au coin de la rue, quelques adjectifs assez déplaisants pour flatter sa misanthropie et enfin quelques souvenirs à conjuguer au futur. De ces pages s'extirpèrent un homme-filigrane qui exposa ses malheurs existentiels : son âme prenait la pause, minaudait, refaisait le monde, refusait ou provoquait un combat, un bon mot, la compagnie... bref, cet Égrégore épuisé voulait en finir et s'en ouvrait à Lambert.
Les marchands d'âmes ne couraient pas les rues ; Il y avait bien quelques blanchisseries ésotériques, des monts-de-piété Verticaux, mais à vrai dire peu de solutions vraiment envisageables. Néanmoins, il existait un lieu propice. Un lieu bien précis entre deux arcades banales d'une rue ordinaire, en plein Paris.
En quelques lignes de texte, seul espace restant sur le carnet surchargé, l'homme-filigrane se retrouva face à un Jugement, dernier acte avant une métamorphose souhaitée.
Personne ne prêtait attention à Lambert et encore moins aux dernières volutes de l'homme filigrane qui chercha un autre support d'existence. Un cahier de papier de coton lui semblait un bon choix. Lambert acquiesça puis partit le coeur inexplicablement gonflé d'espoirs, tandis que se consumaient les derniers feuillets d'une autre vie.

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27 décembre 2005
Quai numéro 12
« Le romancier nous montre que la ligne droite est en réalité un cercle qui nous ramène invinciblement sur nous même. »
15:25 Publié dans Interstice(s), Lao Tseu a dit..., Roman progressif | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
27 novembre 2005
Cliché(s)
Perdu dans les décombres d'une ville bombardée d'informations, Lambert songeait à replier l'espace. L'acuité pouvait devenir un handicap. L'instantanéité une tentation mortelle : Ainsi, trois inconnus prirent en même temps un cliché numérique d'un clochard ; une femme fila son bas ; on demanda à Lambert s'il était pour l'environnement ; un homme mentit à son épouse dans les bras d'une étincelante poupée jetable ; des amitiés se nouèrent sous le regard attentif d'un chat blanc ; un automobiliste renversa le compagnon invisible d'un dément qui gémissait désormais contre un réverbère ; deux adolescents se faisait phagocyter par un écran de télévision dans un bar quasi-désert ; un quadragénaire pressé mangea en hâte un sandwich avarié qui le tua presque ; un amour naissant au creux d'un lit sauverait quelques vies futures ; Une petite fille perdit un collier de pacotille aux pouvoirs incommensurables.
Puis, prudemment, l'ordre des choses opéra un glissement de sens.
Le bruit, semblable à un crissement de sable sur du verre, fut comme le lointain écho de la musique des sphères.
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20 novembre 2005
Les passagers du vent (chantez juste)
Verticale puis oblique, la pensée de Lambert trouva à nouveau une alcôve propice. Ses rêves le projetèrent sur le pont d'un monstre de métal ; ses flancs noirs valaient plus que tout le matériel humain qui s'affairaient sur son dos ou dans ses entrailles. Le temps immobile provoquait paradoxalement une impression de réel accentué. Il mis à profit cet avantage pour chercher quelque chose qui lui sembla nécessaire voire vital. Un réveil imminent serra sa gorge et sa poitrine. La lueur crue, un ciel trop bleu pour être foncièrement honnête, le son des pas dans les coursives ou sur le pont ; tout encourageait Lambert dans l'urgence de sa quête.
Le bateau coula à pic quand l'équipage s'envola par les trombes venues les chercher juste à l'heure.
Lambert était déjà loin, il portait en lui l'objet du désir ; il savait que d'autres n'avaient pu être figés par le temps, même d'un rêve.
Une trombe viendrait chercher Lambert quand il aurait apprit à jouer avec le vent du large.
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30 octobre 2005
Lien permanent
Lambert ne les connaissait pas. Le chant de ses ancêtres cria d'effroi dans un tumulte suspect. La force inhabituelle avec laquelle la sympathie vint le surprendre ouvrit le champ de conscience de tous cotés. La frontière où se situait Lambert cessa d'exister.
Poursuivre un instant, là ou le rêve sonore agite la muleta. Lambert reviendrait vers ce long voyage où les Hommes riaient encore.
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