02 juillet 2006

Haut de Forme

Les cheveux de Lambert poussaient depuis peu selon un ordre établi. De leurs longueurs dépendaient sa vision du monde ou plus exactement l'intérêt d'en occulter la lisière. Ce monde agissait comme un accélérateur dont nous étions les particules hirsutes. Le choc des civilisations provoquait une réaction en chaînes et - surtout - la crainte de l'alopécie.  Bénéficiant d'une corne d'abondance, Lambert égayait ses antennes à la recherche du temps perdu à venir dont l'incertitude excitait l'imagination.

 

 

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10 avril 2006

Une guerre pudique

Les bars sont fait pour étourdir la conscience flottante d'un esseulé, volontaire ou non. Prenons un bar-tabac-PMU ordinaire ; Des relents écoeurants de houblon et de café moulu parvenait tout juste à masquer celle du tabac. Les fumeurs pourtant zélés posaient pour des caméras encore virtuelles. La saison des amours faisait grimacer les sourires tandis que les objets de tous les désirs locaux se regardaient dans les immenses miroirs du fond. Des piliers au zinc il n'y a qu'un pas infranchissable sans avoir le regard désespéré. Lambert scrutait le ciel de néons et les téléviseurs qui débitaient plus de canassons qu'un honnête abattoir. Des tables plus loin, glapissaient des vieux , du genre à gagner peu mais souvent. Ils avaient l'oeil torve en attendant les résultats de leurs conjectures. Lambert eu l'impression d'insulter la serveuse en lui commandant un grand café d'une voix sans doute trop policée. Il était certes déjà 10h30 du matin et l'apéritif courait après son ombre. La tirette à cacahuètes chantait une douce mélopée. La vie battait son plein dans le seul café ouvert à tout vent. La gare en face riait aux éclats, toute de grève vêtue. Simultanément, le double expresso avait atterri face à Lambert mystérieusement, sûrement téléporté par la serveuse qui cachait bien son jeu. En tendant l'oreille, les conversations s'entrechoquaient et devenaient surréalistes, mélangeant les destins de braves gens. Les vieux savaient : survivre à la mort en attendant le train quotidien était une façon de régler les affaires courantes. Cela faisait des années d'ailleurs que Lambert s'obstinait dans une réalité ou les trains n'arrivaient jamais. C'est quand il croisa à nouveau l'oeil torve du plus vieux des parieurs qu'il se décida à miser au hasard sur la prochaine course.

Avant la nuit, un train arriverait en gare, puis un autre encore.
 
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03 avril 2006

L'effet tunnel

Quand un passage s’ouvre au moment même où le livre vous tombe des mains, il faut sauter le fossé. C’est ivre de sommeil que l’inhibition se dissout. Guetter l’instant où tout bascule n’a alors plus de sens. Lambert avait presque compté le nombre de reflets et les rencontres qu’occasionnent les voyages immobiles. Il avait finit par cesser, redoutant l’amplitude d’une attente trop longue ou le bonheur d’un chaleureux échange.

 

Paradoxalement, se rapprocher de cet éloignement était une aventure inédite.

 

 

 

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24 mars 2006

365 jours (ou presque)

« [...] pourquoi pas ? répliquai-je. Il n'avait plus rien à chercher ici. Athènes était devenue la favorite d'Alexandre, et le grand veneur avait réduit le monde aux abois, comme un cerf. »

Hölderlin, Hypérion.
 
 
Les solutions individuelles quadrillaient la vie de chacun. Lambert discernait dans l’air ce grillage ténu en rang serré et bien à sa place le plus grand nombre. Lambert pouvait même se prendre d’affection pour sa propre cellule, avec son lot de fausses surprises et ses victoires au bord du néant. Bien que souple, la Division était vivace. La peur comme carburant, chacun se retranchait derrière toute la technologie disponible pour mieux fuir. Des cascades de rêves de synthèse traversaient tout à chacun. L’authenticité n’était plus qu’un concept marketing, paradigme de « nature » et « rébellion ». Le discours de la déliquescence du réel était lui-même une niche privilégiée pour tous les chiens sans collier. Sur la scène de l’inimaginable réel, Lambert voyait tomber des projecteurs . Le théâtre prenait feu, mais personne ne bougeait. Ils regarderaient la pièce jusqu’au bout, l’odeur de leurs propres chairs dans les narines. Mais peu importait tout cela en somme. Entre deux rêves, Lambert continuait l’expérience de sa propre vie, la mélancolie avait disparu avec le constat d’un inévitable enterrement de la passivité. La tentative d’écriture en était une. Elle se poursuivra ici et ailleurs.

Merci aux milliers d’entres vous de venir sur ce journal, silencieusement ou non, depuis 365 jours (ou presque). Des liens ont parfois été crées, incroyables de générosité et de bienveillance.


« Une certaine résistance au Monde me retient chaque jour davantage. »

 

 

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10 mars 2006

My beautiful laundrette.

Lambert connaissait bien cette laverie aux néons crus. Il y régnait constamment cette gène de ceux qui trient leur linge ou qui attendent l'ultime tour de passe-passe. Désynchronisation et arythmie globale pour tambours recyclés. La lessive faisait disparaître les péchés d'une semaine, parfois moins. Le distributeur automatique d'hosties lavantes (biodégradable à 99,9 %) respectait l'anonymat de chacun. Les confessions était cachés dans les replis des poches ; Des caleçons souillés (100 % coton) seraient purifiés à l'infini. Les robes et chemises ne sentiraient plus les parfums indiscrets. Toute l'impersonnalité du lieu devenait intime et lourd de confidences. Lambert entendait des chuchotements : connivences mécaniques, succions réciproques sur fonds chromés. Il arrivait même à l'une d'elles de se noyer, débordante et presque heureuse de faillir dans l'eau savonneuse ou l'essorage éternel. De tels vortex aux connivences outrées comme autant d'yeux hypnotiques. Un vieux était d'ailleurs immobile devant Sa Machine depuis une demi heure. Un autre faisait semblant de lire en arborant un T-Shirt « hate me ». Une mère lâchait prise tandis que son bambin turbulent apprenait les rites sur la devanture embuée. Tout un pan de la dignité humaine transitait ici. Fin du cycle, il fallait sécher sa serviette comme on séche ses larmes. Dix minutes plus tard, plus rien n'était comme avant.

 

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31 janvier 2006

Intelligible

Lambert avait noté une foultitude d'impressions, de livres « à lire absolument », quelques émissions de radio à écouter « en différé », des envies de voyages et d'amour même au coin de la rue, quelques adjectifs assez déplaisants pour flatter sa misanthropie et enfin quelques souvenirs à conjuguer au futur. De ces pages s'extirpèrent un homme-filigrane qui exposa ses malheurs existentiels : son âme prenait la pause, minaudait, refaisait le monde, refusait ou provoquait un combat, un bon mot, la compagnie... bref, cet Égrégore épuisé voulait en finir et s'en ouvrait à Lambert.

Les marchands d'âmes ne couraient pas les rues ; Il y avait bien quelques blanchisseries ésotériques, des monts-de-piété Verticaux, mais à vrai dire peu de solutions vraiment envisageables. Néanmoins, il existait un lieu propice. Un lieu bien précis entre deux arcades banales d'une rue ordinaire, en plein Paris.

En quelques lignes de texte, seul espace restant sur le carnet surchargé, l'homme-filigrane se retrouva face à un Jugement, dernier acte avant une métamorphose souhaitée.

Personne ne prêtait attention à Lambert et encore moins aux dernières volutes de l'homme filigrane qui chercha un autre support d'existence. Un cahier de papier de coton lui semblait un bon choix. Lambert acquiesça puis partit le coeur inexplicablement gonflé d'espoirs, tandis que se consumaient les derniers feuillets d'une autre vie.


 

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27 décembre 2005

Quai numéro 12

« Le romancier nous montre que la ligne droite est en réalité un cercle qui nous ramène invinciblement sur nous même. »

 

René Girard. Mensonge romantique, vérité romanesque.
 
Ce fut une gare bondée. Sur le quai numéro 12, Lambert était monté dans un wagon à compartiments ; Dans ces espaces clos, l’intime se mêlait aux bagages. Une vieille odeur de poussière très agréable piquait les narines.
 
Le voyage fut longtemps immobile ; une aubaine de panne technique. Quelques inquiets scrutaient par la fenêtre l’esquisse d’un mouvement.
 
En face de Lambert, un Semblable savait comme lui que ce moment n'avait pas de prix. Ses yeux juraient d'allégresse dans la lumière pourtant glauque du compartiment. Il n'en fallait pas plus à Lambert pour se mettre à rêver ; ils ne manqueraient pas leur correspondance, contre toute apparence.
 
 
 


27 novembre 2005

Cliché(s)

Perdu dans les décombres d'une ville bombardée d'informations, Lambert songeait à replier l'espace. L'acuité pouvait devenir un handicap. L'instantanéité une tentation mortelle : Ainsi, trois inconnus prirent en même temps un cliché numérique d'un clochard ; une femme fila son bas ; on demanda à Lambert s'il était pour l'environnement ; un homme mentit à son épouse dans les bras d'une étincelante poupée jetable ; des amitiés se nouèrent sous le regard attentif d'un chat blanc ; un automobiliste renversa le compagnon invisible d'un dément qui gémissait désormais contre un réverbère ; deux adolescents se faisait phagocyter par un écran de télévision dans un bar quasi-désert ; un quadragénaire pressé mangea en hâte un sandwich avarié qui le tua presque ; un amour naissant au creux d'un lit sauverait quelques vies futures ; Une petite fille perdit un collier de pacotille aux pouvoirs incommensurables.


Puis, prudemment, l'ordre des choses opéra un glissement de sens.

 

Le bruit, semblable à un crissement de sable sur du verre, fut comme le lointain écho de la musique des sphères.

 

 

 

 

 

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20 novembre 2005

Les passagers du vent (chantez juste)

Verticale puis oblique, la pensée de Lambert trouva à nouveau une alcôve propice. Ses rêves le projetèrent sur le pont d'un monstre de métal ; ses flancs noirs valaient plus que tout le matériel humain qui s'affairaient sur son dos ou dans ses entrailles. Le temps immobile provoquait paradoxalement une impression de réel accentué. Il mis à profit cet avantage pour chercher quelque chose qui lui sembla nécessaire voire vital. Un réveil imminent serra sa gorge et sa poitrine. La lueur crue, un ciel trop bleu pour être foncièrement honnête, le son des pas dans les coursives ou sur le pont ; tout encourageait Lambert dans l'urgence de sa quête.


Le bateau coula à pic quand l'équipage s'envola par les trombes venues les chercher juste à l'heure.


Lambert était déjà loin, il portait en lui l'objet du désir ; il savait que d'autres n'avaient pu être figés par le temps, même d'un rêve.

 

Une trombe viendrait chercher Lambert quand il aurait apprit à jouer avec le vent du large.

 

 

 

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30 octobre 2005

Lien permanent

Lambert ne les connaissait pas. Le chant de ses ancêtres cria d'effroi dans un tumulte suspect. La force inhabituelle avec laquelle la sympathie vint le surprendre ouvrit le champ de conscience de tous cotés. La frontière où se situait Lambert cessa d'exister.

Poursuivre un instant, là ou le rêve sonore agite la muleta. Lambert reviendrait vers ce long voyage où les Hommes riaient encore.

 

 

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