09 septembre 2007

Sur le rivage

« [...]

- Il va y avoir un revirement du destin non ?

- Excatement, dit Oshima. C'est ce qui fait le sel des histoires :
les retournements de situation, les développements inattendus.
Il n'y a qu'une sorte de bonheur, mais le malheur prend mille formes
différentes. Comme dit Tolstoï, le bonheur est une allégorie,
le malheur est une histoire.

[...]
»

Haruki Murakami, Kafka sur le rivage.

 

 

Prenons une idée non-circulaire qui sent bon la marée. On peut ne pas aimer cette odeur, encore moins l'idée de cette odeur, mais saluer le vieil océan est pourtant la moindre des politesses ; mieux encore : une raison suffisante de se sentir bien, ici et maintenant.

L'appartement de Lambert empestait le poisson, non sans raison. Sur cette île déserte, il mangeait cru, puisqu'on était vendredi. La marée montait moins vite que prévue, une chance pour lire d'avantage, les pieds léchés par l'écume des jours.

Cette île était une corde. Un seul faux-pas sur l'étroite bande de sable, ou sur les vagues minuscules, et c'était la clameur d'un autre monde qui chercherait désormais Lambert désespérément. Ses traçes s'estompaient trop vite pour qu'on puisse remonter la piste qui menait jusqu'à lui.

Il y avait un temps superbe ; c'était un bon prétexte pour être heureux, mais il aurait tout aussi bien pu tomber des sardines et des maquereaux.

De toute façon, ça sentait déjà le poisson.

 

 

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© http://www.ac-nancy-metz.fr

14 août 2007

¡ Viva la Revolución !

Lambert avait les yeux fermés, l'endroit était tranquille. C'était assez rare Lambert se tenir si droit, sans doute assis à l'ombre d'un soleil trop rare. Des images défilaient devant ses yeux clos, à intervalles réguliers mais rapidement ; c'était des images éparses de sa vie,. Il ne distinguait guère les contours, signe évident d'une révolution, d'un oubli salvateur du détail qui pouvait tuer.

Les larmes pouvaient couler de temps, provoquant un nouveau kaléidoscope sur une ancienne ligne du temps. C'était l'heure idéale pour signer un traité de paix. Rien n'était plus paisible, justement, que de vouloir vivre en connaissance de cause. D'un seul coup il réalisa qu'il avait trente six ans, qu'il avait les cheveux longs, qu'il venait de dire « je t'aime » sans chanter faux et qu'il existait pour de bon.

C'était le moment pour un bain de pied dans le Tao.

 

 

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© Béla Tarr. Les Harmonies Werckmeister

 

11 juillet 2007

Cosmogonie

« L'existence est si je puis dire insolite par nature, - ou elle n'est pas.
Une boutade, doublée d'un paradoxe, résume son statut :
d'être la seule chose au monde à laquelle
on ne puisse jamais s'habituer. »

Clément Rosset. Principes de sagesse et de folie.

 

 

Une détonation un peu molle, voilà une drôle d'idée pour un big-bang. De ce point d'entrée en matière, purement arbitraire, partit toutes les conjectures sur le devenir. Lambert revenait de ses illusions pour voyager mieux, et conjecturait sur un quotidien apaisé.

 

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04 juin 2007

Contenu/Contenant


« Tel est le misérable secret de Narcisse : une attention exagérée à l'autre. »

Clément Rosset. Le réel et son double.

 
 
« Vous voyez un reflet ?
L'univers n'est pas le miroir de l'esprit.
Rien là-bas
Rien ici
Ne montre notre image.
L'esprit est le miroir de l'univers. »

Franck Herbert. L'incident Jésus.

 

 

L'intensité d'un point à l'horizon attirait l'attention de Lambert. Pour une fois, ce n'était pas Vénus qui faisait son intéressante entre chien et loup. Ce point annonçait un autre temps où Lambert vivrait sans y penser : le triomphe de l'expérience et du hasard.

Aucune carte du ciel n'hypothéquait le prochain mouvement. Il fallait compter sur soi, et/ou plutôt repérer le nombre de reflets dont seule la musique adoucissait les moeurs.

En cherchant des alliés, Lambert s'était longtemps aliéné. Aussi il se replia sur lui même, et fit un saut quantique.

L'archéologie eut son heure de gloire, la prochaine carte sera plus vaste ; jardinier peut-être ?

Lambert était déjà ailleurs. Difficile à dire. La description pouvait pourtant être simple, en suivant l'étoile.

Par dépit, Vénus regarda ailleurs, cette cruche.

 

 

 

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19 avril 2007

La sémantique du désert

Des bruits de travaux partout. Un incessant concerto de bruits de chantiers comme si on ravalait toutes les façades de la Terre entière. Il était devenu impossible à Lambert de dormir trop longtemps. Pourtant, aucun échafaudages ceinturaient les rues. C'était l'ombre des murs qu'on ravalait dans l'interstice d'apparences devenues moins complexes et plus nombreuses. Cela laissait l'opportunité d'exister et de vivre, en souvenir du passé et des temps à venir. Si la solitude contrastait sciemment avec des moments de pur bonheur, c'était pour échapper au désert, sans l'ombre d'un doute.
 
À midi pile, l'ombre était justement trop courte et rendait les visages grotesques ; C'était la pire heure pour faire partie d'un trombinoscope humanitaire ou divin.

Au pied d'une Sainte Victoire, Lambert pût revenir à lui, précisément là où la joie lui revint définitivement tandis qu'il dormait sur une épaule plutôt que sur ses deux oreilles. Les temps sont difficiles lorsque qu'on compatit trop à la folie des siens, mais inestimable est la découverte d'une oasis, même si le désert avance inexorablement. Les chantiers arythmiques reposaient Lambert.
 
Pas de signe de l'envers du décor. C'est le vent qui indiquera le prochain cap tandis que les ombres finiraient par s'allonger.
 
 
 
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18 mars 2007

Métempsychose de printemps

Lambert vivait son quotidien plusieurs fois, simultanément. Un léger décalage se produisait dans cette phase étrange où il pouvait se regarder sans se voir, mais avec la conscience certaine d'être observé par lui-même.

C'était un moyen très simple pour sortir de soi, et contempler la joie indicible qui régnait désormais dans sa vie.

Rien ne changeait – Tout changeait. Un non-cri de joie emplissait de silence tout un passé douloureux, par pur choix.

Une chute vertigineuse produisait un rebond salvateur, à condition d'avoir développé son élasticité ou sa capacité à se trouver déjà ailleurs avant et après la chute.

 

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19 février 2007

Solidification

« Les bonnes idées sont celle qui viennent en marchant... Il existe au monde un chemin sans autre pareil et que nul ne peut frayer, toi excepté. Où mène-t-il ? Ne le demande pas. Suis-le. »

Friedrich Nietzsche

 

 

Le noir et le blanc étaient les couleurs du rêve ; cela permettait à Lambert de faire la part des choses.

Parfois pourtant, les genres se mélangeaient, et un paysage radieux se voyait baigné dans une lumière d'un bleu monochrome, tandis que mille reflet arc-en-ciel rendait superbe un simple verre d'eau.

Par le passé, ces particularités furent effrayantes. Naviguer en eau trouble nous expose à nous même avec l'heureuse destinée de perdre au moins une idiote innocence.

C'est en cela que creuser à mains nues la tombe de ses illusions provoque parfois un éveil, presque douloureux ; un changement de spectre.

Lambert trouvait sa place dans le monde qui existait encore, dans la transparence d'une eau qui s'évapore doucement au soleil. 

 

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© 

 

09 février 2007

Mon royaume pour un empire

« Ta tâche n'est pas de chercher l'amour, mais simplement de chercher et trouver tous les obstacles que tu as construits contre l'amour. »

Djalal Al-dîn Rûmi 

 

 

On croit parfois arriver à destination après un long voyage périlleux.


Cette illusion se produit alors que l'abîme est sur le point de nous anéantir et que la providence nous retient par le col de la chemise.

 

Confondre son sauveur avec une certaine finalité de l'existence se résume à conduire trop vite les yeux bandés en haute montagne ou à contre sens sur l'autoroute, avec l'espoir qu'un miracle se produise.

 

La difficulté survient lorsqu'on oscille presque simultanément d'un rôle à l'autre. Se sauver soi-même n'est alors plus un miracle mais une nécessité. L'ubicuité est alors perçue comme une ambiguïté qui se plante dans la gorge du chanteur sous la fenêtre en pleine sérénade.

 

L'empire des délices se change en royaume de la peur de comprendre. Les excès de vitesses seront les prétextes pour la presse et les mondanités ; Tout le monde s'était arrêté juste à temps, juste avant de comprendre cette peur.

 

Lambert ne savait décidément pas conduire, alors il marchait.

 

 

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18 janvier 2007

Bivouac (1/2)

Il n'était question d'aller plus loin. Lambert refusait tout à coup de bouger tandis que ses derniers souvenirs lui frôlaient encore la nuque. Un bouchon se formait et mille clameurs défilaient à l'envers, aussi loin que possible. La découverte fortuite d'un chemin qui lui convenait l'avait saisit aux chevilles. Dans cette immobilité, Lambert s'aperçut que le chemin était plus grand à l'extérieur qu'à l'intérieur. Il convenait à Lambert de déployer sa yourte autour de lui dans cet espace-temps distendu.

 

Le non-agir, l'antithèse de Lambert était occasionnellement un bon ami.

 

 
 
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11 janvier 2007

Relativité restreinte (surdité non autorisée)

 

Lambert oubliait parfois de regarder tourner la Terre pour tenter de marcher droit. Parfois cela durait une heure ou deux mais la diagonale s'imposait à nouveau et Lambert se retrouvait là où personne ne le suivait. De cette petite folie était né une certaine sensibilité à la musique ; Du fond de l'âme, Lambert s'était guetté des années durant avant de s'autoriser à noircir à la bougie un diapason ancestral.

Dehors, Lambert voyait des amis qui pleuraient pour se souvenir, il en vit d'autres traverser plusieurs fois le Tatare consumériste, d'autres encore brûler leurs verbes dans les pires trahisons. Une poignée cependant avançait, le plus souvent malgré elle, vers une lumière un peu perdue entre l'Orient et l'Occident. Cette phalange savait prendre le temps pour ce qu'il était ; un précieux infini pour qui ne le perdait le moins possible.


On pouvait alors vibrer à les voir au loin. Il fallait tendre l'oreille pour que la théorie résonne et produise l'accord qui nous attendait.

Il fallait tendre l'oreille souvent, même si le tumulte nous réclamait.

 

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