29 mars 2007
Fum al Hut
- « J'en conviens, les affaires humaines iraient beaucoup mieux s'il était également au pouvoir de l'homme de se taire ou de parler. Mais l'expérience montre assez -- et au-delà -- que les hommes n'ont rien moins en leur pouvoir que leur langue, et qu'ils ne peuvent rien moins que de régler leurs désirs ; d'où vient que la plupart croient que nous n'agissons librement qu'à l'égard des choses que nous désirons modérément, parce que le désir de ces choses peut être facilement contrarié par le souvenir d'une autre chose dont nous nous souvenons souvent ; mais que nous ne sommes pas du tout libres à l'égard des choses que nous désirons vivement et qui ne peut être apaisé par le souvenir d'une autre chose. Mais, en vérité, s'ils ne savaient par expérience que nous accomplissons plus d'un acte dont nous nous repentons ensuite, et que souvent -- par exemple quand nous sommes partagés entre des sentiments contraires -- nous voyons le meilleur et suivons le pire, rien ne les empêcherait de croire que nous agissons toujours librement. »
Spinoza. Éthique, livre III, scolie de la proposition II
Sur le chemin d'une connaissance, presque intime, ce qui est indicible peut se manifester par un geste d'amour. Là où des imbéciles voyait le nombril de Lambert, lui ne voyait que la poutre dans leurs yeux trop fatigués. De toute façon, Lambert n'était pas assez égoïste pour hurler avec les loups, mais il s'employait parfois à imiter le cri du cochon solipsiste afin d'avoir la paix dans les basses-cours de moins en moins obligatoires.
Restait alors un temps, plus lentement. L'illusion d'un « pour toujours » entre les mailles d'un filet qu'on a tissé de ses propres mains. Une syncope qui résumait trente cinq années, les justifiant dans la compréhension soudaine d'une réponse à l'échelle humaine.
14:10 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poisson, Fum al Hut, Alrisha, brel, spinoza, éthique
08 mars 2007
Éphéméride
- « Tu entendras la plupart des gens dire : « À cinquante ans je prendrai ma retraite, ma soixantième année me laissera quitter toute obligation », Et quelle est enfin cette garantie d’une vie plus longue que celle que tu reçois ? Qui souffrira que cela aille selon tes dispositions ? N’as-tu pas honte de te réserver les restes de ta vie et de destiner à la rationalité seulement le temps qui ne peut être employé à aucune tâche ? N’est-il pas fort tard de commencer à vivre au moment où il faut s’arrêter ? Quelle folie d’oublier sa condition mortelle, de remettre à sa cinquantième et soixantième année de saines résolutions et de vouloir commencer sa vie à partir du point où peu de gens sont parvenus. »
Sénèque. De la brièveté de la vie. trad. d'Emmanuel Naya
Il suffisait de ce baiser narcissique et d'une seconde supplémentaire : la vie de Lambert devenait ponctuellement infinie.
17:15 Publié dans Chroniques, Lao Tseu a dit... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06 février 2007
In vino voluptate

18:00 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29 janvier 2007
Rupture dans la distanciation
Lambert était né 3 fois en une même nuit dans un hôpital presque désert. La sage-femme était alcoolique et les nouveaux-nés portèrent tous le même nom, une nuit entière.

23:05 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
22 décembre 2006
In aqua veritas
- « Donner de l'amour, c'est vouloir donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas. »
- « [...] Pendant les années noires, vous vous êtes bien trop laissé ballotter au gré du courant, au point de frôler la noyade, pour supporter aujourd'hui la moindre approximation dans votre façon de localiser chaque geste, dans le choix des circonstances comme dans celui des mots [...] »
Dominique Autié. Le bec dans l'eau.
Aussi, exactement, Lambert vit la ronde des interstices recouvrir le monde commun ; C'était comme autant de portes, de réservoirs de vie, d'amoncellement d'amour(s) possible(s). Il fallait en finir avec l'inertie de la verticalité stérile, cette coïncidence du cercle qui rendait la mort heureuse.
Tout n'allait pas changer : Tout avait déjà changé en silence ; comme la pellicule de neige sur les toits paisibles d'une paix inventée de toute pièce. Comme la pellicule de neige qui rendait glissante les derniers mètres qui suspendait Lambert entre l'ancien et le nouveau monde. Il eut mille fois peur de tomber dans l'abîme et cent fois l'envie de s'y jeter. Puis la curiosité fit taire le bestiaire millénaire.
Visiblement, l 'autre coté du pont était fait d'eau vive.
23:20 Publié dans Cadavres Exquis, Chroniques, Interstice(s), Roman progressif, Tailler en pièces | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
23 novembre 2006
Odorat
- « Le désir mimétique nous fait échapper à l'animalité. Il est responsable en nous du meilleur comme du pire, de ce qui nous abaisse au-dessous de l'animal aussi bien que de ce qui nous élève au-dessus de lui. Nos discordes interminables sont la rançon de notre liberté. »
René Girard. Je vois Satan tomber comme l'éclair.
L'odeur l'y attendait déjà, comme une vieille amie qu'on retrouve autour d'un café crème. Lambert savait pourtant que cette odeur n'était en rien reliée à ses souvenirs. À vrai dire, ce souvenir ne lui appartenait pas, Cette senteur acharnée se trompait de quidam ; Mais il n'y avait aucune alternative.
Il fallut apprivoiser un passé qui était autre et se laisser bercer par des illusions extérieures. Il fallut instantanément aimer par procuration et pleurer un amour qui n'était pas le sien. Jouer sur le pouce un « souviens-toi », une rédemption, quelques promesses, puis la fleur d'oranger s'en fut allée.
00:00 Publié dans Chroniques, Lao Tseu a dit... | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
08 novembre 2006
Surexposition (Billet d'absence)
La vie repris naturellement ses droits, simultanément à cette ébauche d'abandon. Ce fût l'escalade d'un mauvais rêve qui perdurait. Un changement de repère d'une récurrence devenue une litanie. Contrer un monstre sans visage revenait à ne plus se regarder dans un miroir. Autant renoncer stupidement à sa part des ténèbres. Oui... on pouvait accepter se de faire contaminer par le mal, on pouvait accepter d'être corrompu jusqu'à l'os, on pouvait aussi accepter d'être aveuglé par ce qui nous dépasse. À un certain niveau de conscience, on ne pouvait plus reculer devant les choix les plus élémentaires.
A-ludique (et demi) Lambert lança en l'air un de ces Zahirs dont il niait l'existence, même aux plus intimes. Il fallait maintenant que celui-ci retombe ; il faudrait des mois. Des mois d'écriture(s).
23:00 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
05 octobre 2006
Lambert sur le rivage
21:20 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
20 août 2006
Mythologies
14:00 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
28 juillet 2006
Au prochain arrêt, il sera exactement 07h05
Lambert pris congés de lui-même sans sans rendre compte. Il entreprit de planter des milliers d'arbres et de rêver de leurs cimes ; c'était mieux, pensait-il, que de vendre la peau d'un ours qu'il ne tuerait jamais.
Le silence de quelques pas dans une maison perdue ou rien n'existe encore, puis le retour, ici ou ailleurs, dans les faibles échos de cette narration en chute libre.
07:05 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note











