09 mai 2006

Le noyau

Les ombres s'étiraient sous les yeux de Lambert. Les néons eux-même ne lui expliquèrent pas cette étrangeté. L'odeur de la terre mouillée revenait comme Proust dans un lieu public en sous-sol. Une femme entretenait l'effet de la faim pour éviter la boulimie convulsive. Ses pensées effleuraient quelques-uns qui finirent par se regarder eux même, réfléchissant leur respectabilité sur le monde. Il ferait bientôt nuit ici bas mais des escaliers indiquaient une éclaircie et le vent frais. Dehors, l'abondance n'engendrait pas l'amour non plus, nota Lambert qui s'en moquait un peu. Après tout, qui sait de quoi rêvent les électrons ?
 
 
 

19 avril 2006

Coup de théâtre

Dans les coulisses du désespoir on s'amusait beaucoup. Lambert connaissait quelques acteurs et parcourait les avant-premières. Le texte en main dans le meilleur des cas, il voyait s'affronter les illusions dans l'outrage de l'âme contemporaine. Lambert remarquait dans quel silence la tragédie ou l'amour était contemplé. Les spectateurs en batterie venus juste pour l'entracte et les moelleux au chocolat commentaient leur propre ignorance. Le théâtre brûlait à petit feu et l'alarme fut confondue avec la fin de l'entracte. Nombres périrent dans cette fiction, Lambert sombra dans l'inconscience pour échapper au drame. Il se réveillerait dans une rue, derrière, cherchant ses gants hors saison devant l'entrée des artistes.

 

 

 

 

 

 

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25 janvier 2006

Noeud marin

Un horizon qui se courbe. Au loin, la fin du monde connu, et des lieux où Lambert et tant d’autres n’ont jamais mis les pieds.

À trop s'emmêler autour des pâtés de maisons, les fils souples du quotidien se dévident de nos têtes comme de l'abdomen d'une arachnée et font bobine. Il faudrait plus souvent prendre les lignes droites dont on ne revient jamais.

Quand le fil casse, volontairement ou non, la conscience se rétrécie. Courir pour gagner du temps et redéployer son réel ; être attachant semble une montagne à gravir.

Les tisserandes cherchent les ciseaux adéquats : c’est ce temps là qu’il faut mettre à profit pour brouiller les pistes. Ariane, en son temps, n’a pas fait mieux en attirant Thésée « au dehors ».

Il faut alors marcher et couper soit même quelques fils connexes. - Penser à faire des nœuds pour qu’on se souvienne de vous.

La vie, cette éternelle changeante nous habille pourtant de tout le cordage nécessaire.

Lambert gardait l’étrange parfum dont on lui fit don ; un fil essoré, une distillation charismatique de la taille d’une larme.
 
 
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14 janvier 2006

Dérangements

« Tu crois que c'est drôle de te rencontrer pour la première fois et de savoir d'avance tout ce que tu me fera subir ? »

« Tu te passeras d'exister, je m'y habituerai moi aussi. Nous n'aurons même plus besoin de nous aimer, nous en serons devenus incapables, notre amour existera à notre place comme les arrière-arrière-arrière-petits-enfants d'un couple depuis longtemps disparu. Je t'aime mais c'est provisoire, à force d'enfler, notre amour deviendra autonome, il n'aura plus besoin de nous, il nous submergera, il nous interdira même de nous aimer, si mal, avec ces inévitables disputes, ces exaspérations mutuelles, cette lassitude du corps de l'autre, de son esprit, de ses mots au son plus exaspérant qu'une alarme, et de cette rupture toujours espérée, crainte, différée, par lâcheté, par tendresse, par affection, par paresse. »

 

Regis Jauffret. Asiles de fous.
 
 
 
 
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08 décembre 2005

Rendez-vous près de la butte

Le bruit était assourdissant et la vue sublime : Une petite butte cachée, aux buissons épais, dans un paysage tourmenté par une tempête de la plus belle eau. L’instant d’avant, Lambert quittait une pièce qui sentait bon la confiture. Une vieille dame qui aurait pu être sa grand-mère s’affairait dans une cuisine baignée de soleil. Réarrangements de souvenirs disparates.

Choc thermique. La pluie sur le visage. Réalisme saisissant à ceci près que la tempête se calma bien trop rapidement et le jour défila en accéléré et se figea. « Il doit être neuf heures et demi » dit-on dans le dos de Lambert. L’humidité remontait du sol en fumées odorantes. Brumes. Ils étaient cinq hommes et deux femmes à se disputer les bienfaits de cette matinée. Leurs doigts plongeaient dans l’intangible comme dans un voile délicat. Lambert avait été attiré là par curiosité. Les démiurges semblaient attendre toujours quelque chose du rêveur ordinaire, sans jamais oser le demander.

Lambert reviendrait : la foudre tombera deux fois au même endroit. Quelques pas encore, un passage possible. Sur un autre plan, des confitures attendaient.
 
 

23 novembre 2005

Soliflore de fortune

Lambert est resté là, la tête ailleurs. Le coeur labouré attendait la moisson. Une narration et le désert avance, loi immuable à ceci près que le désert ne s'arrête jamais. Une vie s'éteint, les autres s'agitent ; Lambert se fondit dans le silence. Un peu de givre sur les fenêtres. Le souffle de Lambert en opacifia une partie. Il y dessina un personnage enfantin. Totem dégoulinant, Tabou dépassé pour un homme en fuite.

Un ange sans tête virevoltait, immortel pathétique ne pouvant dire ce qu'il avait appris des hommes.

Une rose de trop tombait en pluie dans la pièce désertée.


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11 novembre 2005

Chute libre

Lambert est suspendu dans le vide, tenant dans sa bouche le fil de sa vie.

L'effort ne semble pas remarquable et un toit en zinc, quelques mètres plus bas, accueillerait sans doute le corps sans dommage si le fil se rompait ?

Comment en venir à osciller dans le silence des lieux désertés par trop de souvenirs ? Lambert semble sourire, le fil entre ses dents, les bras le long du corps, dans le calme infini des lendemains qui chanteront encore.

Une sorte de contre-suicide, une vibration harmonieuse sans idées préconçues.


C'est ainsi qu'il se jeta dans le vide par instinct de survie.


Contre toutes attentes, l'élasticité fut remarquable, et sans encombres il toucha le "zinc" en pente, désormais le fil à la main qui s'enroulait dans les veines, dans l'évènement.


Plus loin, le monde tournait, il était temps de le suivre au moins des yeux.

 

 

 

 

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03 novembre 2005

Trois. Quatorze. Cent seize. (cernés de toutes parts)

« Accepter que la vie ne soit pas justifiée, c'est accepter vraiment la vie. »

Edgard Morin. Méthode II. p. 409


 

 

Les pieds dans le sable, nous nous enliserons dit Lambert à quelque reflet qui ne le lâchait plus sous l'oeil attentif du zénith.

Ce fut une drôle de journée à briser des cercles.

 

 

 

 

 

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17 octobre 2005

Mortelles randonnées - Masquerade falls -

- Esthétique - Montreur de monstres ou monstre lui même ? L'homme est un loup pour l'homme ; à ceci près que le loup est aussi surtout un masque de carnaval.

 

 

 

 

 

 

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La danse rituelle (v)aporisée consumera jusqu'à l'épuisement les derniers soubresauts mystiques des innombrables.

 

 

 

 

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http://x-poz.org
 
 
 

 

 

 

16 septembre 2005

De l’inconvénient d’être immortel - III - (Rongé par l'ennui)

Les rats sont immortels.


Ils peuvent choisir de mourir malgré tout.


Pas un seul jusqu'à présent ne renonça à ce choix.


Le secret est ainsi bien gardé.

 

 

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