22 octobre 2006

Le jour le plus long

Lambert pris le large sans rendez-vous. À l'intérieur des voiles qui le poussaient au loin, le soleil dessina un chemin possible entre deux mers. Sur cette carte, les états-d'âmes formaient une île à l'opposé des circonstances. Une plage de sable blanc cachait perfidement un cimetière de baleineaux qui écoutèrent le chant des hommes. L'embarcation allait se naufrager, trop fière pour accoster sans encombres.

Bien plus tard, tandis que la catastrophe fut consommée,  Lambert chercha une forêt de conifères pour s'y reposer. Certains troncs le reconnurent et se penchèrent pour lui chuchoter des années d'insignifiantes mais tendres anecdotes. La peur les étreignaient, comme un hiver qui s'en va trop vite. Leurs troncs liés serviraient d'embarcation vers la terre ferme.

 

À condition de trouver une hache.

 

 

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Commentaires

Superbe. Etes-vous toujours l' ami de Gilgamesh? Avez-vous perdu l'amitié, vous aussi, d' Enkidu, l' homme sauvage et rieur? Irez-vous boire du vin joyeux avec Siduri aux belles hanches pour vous consoler, au bord des vastes flots de la mer Haute, au pays du soleil ancien et Verd? Vous m'y trouverez sûrement, Lambert, à dresser les plans de la nouvelle nef, l'Arche de Noé, d' Atra-Hasis, d' Utnapishtim, de Ziusudra, de Lugal ; car selon la langue des scribes-forgerons, des vrais nomades du temps antédiluvien, depuis des millénaires, nous avons, en base dix: trente, cinquante, trois cent coudées royales pour les gens de Shem ou un cube de cent vingt coudées babyloniennes pour ceux de Caïn à l'oeil cyclopéen. La plage cendreuse des désirs est vaste et Léviathan a un grand ventre ambreux, céleste, régulier et perpétuel ; pour qui sait écouter les coquillages spiralés d'or cela est certain. Les amoureux du tonneau cerclé babillent, l' haleine forte et tonnante: "certains nombres sont irrationnels, Phi, Pi. Humbaba est caché dans les cèdres!" Ils disent aussi le nez beurré: "le langage n'est rien pour l'oeil, car ce qui se dessine ne peut se mesurer définitivement par les mots. Humbaba aux sept éclairs arrive!" Iis disent enfin, la bouche braillarde et ronde du chant des cornards aux grands becs suintants de liqueurs frelatées: "Le compas contient tous les angles navigateurs, alors tournons, tournons trois fois, nous les forestiers de l'écume, joyeusement, autour la forme ventrue et ouverte. Humbaba est là, il a ouvert sa grande gueule, il va nous engloutir avec le reste du pressoir et avaler l' eau du bain royal !" Nous, pauvres rescapés du médiocre consommable, parlerons alors des Hespérides, les lèvres rougies d'épices, de la terre qui se tient par-delà la mer Noire effondrée et de l' Ile des morts phosphorés de la tentation, des boîtes des nuits extatiques et des lumières noires pleines de vilaines dents agacées et artificielles. "Il ne faut pas, non, il ne faut pas s'endormir avant la morsure de la veille vigilante, celle qui apporte l'aube et la marée des grands départs cycliques, silencieux et vigneux." Il y a un vaisseau-lanterne, vous le savez, pour chaque chevalier-tempête, et des myriades de baies aux larges flancs humides de rosée virginale, toutes à fendre de proues anguleuses, frontales et foudroyantes. Semen. Le serpent est un voleur d' Haoma, un faiseur d' hymnes védiques bon marché. Gilgamesh a les yeux fermé d'un mortel fatigué. Il roupille, grosse barrique, la tête échouée dans sa vaste barbe innondée et flottante, bouton de retour en cinabre synaptique. Il a déjà oublié sa promesse et sa hache de magnétite rouille contre le tronc plein de sève sumérienne. La Nef des fous passe comme la lune dans les branchages épineux. Les dieux sont des menteurs.

Bien à vous. J'ai trop parlé pour ne dire, rien. Merci pour vos beaux textes ciselés.

Écrit par : (LKL). | 23 octobre 2006

Cher LKL, je finis par croire que vous êtes Celui qui à tout vu au delà des murailles d'Uruk !

Nous perdons tous un jour l'amitié d'Enkidu, aux formes hirsutes, mais vous savoir près d'ici avec les plans d'une nouvelle Arche me laisse scruteur à bord de mon radeau de l'espérance. Vous saviez sans doute que ma destinée est de veiller sur mon propre sommeil. Vous saviez aussi qu'il faudrait réveiller le léviathan car c'est lui le vaisseau-lanterne caché à l'intérieur du monde.

Les dieux ne sont pas des menteurs par hasard ; ils ne demandent qu'à croire à leurs propres histoires à travers les Hommes.

Merci d'être un Bâtisseur.

Écrit par : Lambert Saint-Paul | 29 octobre 2006

J'en suis.... médusé.

Écrit par : Voiker | 31 octobre 2006

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