27 août 2006
La mémoire de l'eau
- « Et puis, on ne peut pas vivre deux fois, même si c'est à ma double vie que je me suis attaché »
- Jean-Claude Pirotte. Une adolescence en Gueldre.
Ce fut loin du monde, dans l'excitation de dangers calculés sur la résistance de l'air ou encore sous une mince voile de polymères que Lambert pouvait dormir sur la tranche tandis que les images tombaient dans le vacarme d'une pluie d'été. D'un bout à l'autre de l'averse, dans l'odeur de chien mouillé, Lambert apercevait parfois une irrigation voisine ; quelques gouttes de l'expérience d'un autre lac étoilé. Ce ciel fut celui de Lambert, le temps d'un destin (extra)ordinaire, le temps de comprendre cent erreurs et quelques paris tenus sur le quotidien avec la ferme résolution de ne plus avoir peur de la couleur tombée du ciel et d'établir dans une humble demeure l'indivisible fraction qui cache la multiplicité du destin en cours.
Photos © Voiker
20:08 Publié dans Lao Tseu a dit... | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note






Commentaires
Ce qui vient me troubler le plus, c'est sans aucun doute la proximité de votre texte avec le fonds marécageux de mes vacances intérieures. Vous participez au traçage des contours d'une nouvelle discipline, qu'un brillant expert en marketing résumerait platement par un 'montre-moi les photos que tu prends, et je te dirai qui tu es'...
Quant à cette couleur tombée du ciel, je ne la ramasserai pas, trop conscient des dangers qu'elle représente...
« La ferme tout entière baignait dans cette couleur mêlée, inconnue et hideuse ; les arbres, les bâtiments, et même la verdure et l'herbage qui n'avaient pas complètement tourné à la fatale désintégration dans la grisaille. Les branches se tendaient toutes vers le ciel, coiffées de langues d'un feu immonde, et des ruissellements chatoyants de ce même feu monstrueux se glissaient autour des poutres de faîtage de la maison, de la grange, des appentis. C'était une scène inspirée d'une vision de Füssli, et sur tout le reste régnait cette débauche de lumineuse inconsistance, cet arc-en-ciel hors du monde et hors mesure de secret poison, qui naissait du puits – bouillonnant, palpant, enveloppant, s'étendant, scintillant, étreignant, et faisant malignement des bulles sans son cosmique et inidentifiable chromatisme. »
[H.P. Lovecraft] [The Colour Out Of Space]
Écrit par : Voiker | 28 août 2006
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