15 décembre 2005

Lost highway

Il fallait qu’il pose ses valises. Difficile de poser un tel fardeau ; il se sentirait trop léger. L’accablement est parfois nécessaire. Quelques années qui représentent une vie – une sorte d’illusion réelle, une volonté de ne pas jouer à la roulette en misant tout sur le rouge.

Lambert accueillait ce voyageur encombré. Presque doucement, l’homme aux valises refusa l’aide de Lambert, mais raconta son histoire de longues heures durant.

Bientôt le grand hall fut rempli de son histoire. Les murs se noircissaient, mot après mot. Ses aventures se révélèrent ; le papier peint semblait avide et indiscret en tout point. Même le jardin de l’hôtel participait avec entrain à cette mise à nu. Des souvenirs d’enfance recouvraient les massifs et parterres ralentis par l’hivers.

Le voyageur semblait chez lui désormais. Il devint l’hôtel tout entier.

 

 

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Lost highway de David Lynch

Commentaires

Offre-t-il des chambres?

Écrit par : selian | 15 décembre 2005

Il y a des chambres disponibles , certes ! Mais je pense qu'il y a une participation -de l'ordre d'un souvenir.

Écrit par : Lambert Saint-Paul | 15 décembre 2005

Des souvenirs? J'en ai quelques uns en boutique. Quel genre est apprécié?

Écrit par : selian | 16 décembre 2005

Lambert est-il empathique?

Écrit par : bourbaki | 16 décembre 2005

Vous savez que je n'aime que les images (hormis les voix et les corps). Cette image d'un hôte qui devient hôtel me fascine.
Une présence qui devient une maison, mais pas n'importe quelle maison: une maison vouée à l'hospitalité.

Naturellement, la question économique est immédiate (le nerf de l'hospitalité): cet hôtel se monnaie en souvenirs.

C'est ainsi qu'il s'est construit, du reste, par la présence d'un hôte: c'est ainsi qu'il continue, par le passage des autres. En somme, c'est son économie: la loi de maisonnée.

Un hôtel poétique par l'hôte d'un jour.

... hôte d'un jour, hôte... toujours?

Cordialement,

Écrit par : Gaspar | 16 décembre 2005

Selian : Quel souvenir voudriez-vous confier dans un tel lieu, vous, le « voyageur pendulaire » ?

Bourbaki : Oui, mais d'une empathie sélective « quasi-allégorique ».

Gaspar : Le souvenir n'est qu'un prétexte. C'est le vecteur d'échange qui est le véritable nerf ; ( "toujours" est un mot dangereux « lui aussi » ).

Un souvenir chacun pour un cadavre exquis ?

Écrit par : Lambert Saint-Paul | 17 décembre 2005

Répondre par une autre question est jésuitique, disons que j'aimerais y laisser un souvenir qui vous plût.

Écrit par : selian | 17 décembre 2005

Un souvenir (singulier) pour gagner un bref instant d'hospitalité?
(car «toujours» en effet est le danger même)

Les yeux verts dont parle Le poison de Baudelaire,
Je les ai personnellement connus.
Ce fut l'agencement du lac et de la lumière,
une écoute perdue, une parole dévastée.
Le grand silence désormais de naguère.

Écrit par : Gaspar | 17 décembre 2005

Merci Gaspar : « La petite fée verte qui vit dans l'absinthe convoite votre âme ».


Selian, votre volonté de me plaire m'honore. Soit. avez-vous un souvenir de "séduction" à m'offrir ?

Écrit par : Lambert Saint-Paul | 18 décembre 2005

"Sans trop savoir comment je suis devenu un monsieur puis de la même manière, un peu plus tard, un monsieur sinistre. Je n'ai pas eu conscience de ce glissement. Cela s'est produit dans mon dos. Un jour, les "jeune homme" se sont taris, insidieusement remplacés par d'hésitants "monsieur" puis par des "Monsieur", assurés, froids mais fermes, puis par rien du tout à la fin. Ensuite mon navire a sombré à la vitesse des années dans des eaux toujours plus sales… "
in : NEXT, Souvenir de l'Hôtel Intercontinental.

Écrit par : N | 18 décembre 2005

La boue peut être un excellent exfoliant de l'âme.

Écrit par : Lambert Saint-Paul | 19 décembre 2005

Un souvenir de séduction?
Quelques uns en boutique.
Quelle couleur et quelle saveur seraient à votre gré?

Écrit par : selian | 19 décembre 2005

Mélangez, cher ami. Mélangez. Vos plats exotiques sont du meilleur goût.

Écrit par : Lambert Saint-Paul | 20 décembre 2005

Malheureusement, les anecdotes ne peuvent être contées "sub rosa".

Écrit par : selian | 20 décembre 2005

Ne peuvent être contées que "sub rosa", vouliez vous dire ? Soit. Votre site est, de fait, déjà riche en anecdotes.

Écrit par : Lambert Saint-Paul | 20 décembre 2005

Ah zut, rien de pire qu'une priggish pedantry mal rédigée. Me le pardonnerez-vous?

Écrit par : selian | 21 décembre 2005

Comment ne pas être indulgent envers un aventurier ? (rires).

Écrit par : Lambert Saint-Paul | 22 décembre 2005

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