21 juin 2009

La pensée de Midi (l'énigme de l'heure 2/2)

 

"Il devrait exister une science de la contrariété. Les gens ont besoin d'épreuves difficiles et d'oppression pour développer leurs muscles psychiques.
"


Franck Herbert. Dune.

 

Il est des lieux qui ressemblent à ce qu’ils doivent être.

Lambert s’était attardé sur l’un de ses rivages particuliers où il crut pouvoir regarder le ciel d’autrui.

Il marqua un temps là où l’on peut mourir plusieurs fois, à condition d’avoir la maîtrise d’une maladresse rarissime.

De cette herméneutique surgit alors la volonté de se lover dans le creuset insensé, réel, d’un Avenir, dont le prix était l’Abandon.

Quelques anciennes habitudes hurlaient des vieilles incantations stériles. Une profonde tristesse n’eut animé Lambert s’il n’eut la certitude que ces chants recélaient le point d’orgue nécessaire qui tracerait une nouvelle route.

La Terre pulsait, juste avant la fin de ce monde. Quel monde ?

Pas de plans à l’horizon ?

Le sourire de Lambert flottait dans l'air.

 

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Das ist eine Uhr

 

 


 

 

24 mars 2009

Trois heures moins cinq (l'énigme de l'heure 1/2)

Il suffisait de lire de travers, dans l'urgence de comprendre le monde, pour amalgamer la volonté de puissance et l'action permanente.

Une tentative d'introspection, alors que l'esprit tourne à plein régime dans les contingences, a généralement  l'élégance d'échouer. L'improbable légèreté des mots collait aux pieds aussi sûrement que le plus épais des murs.

Lambert savourait un souvenir qui dura un peu plus que d'ordinaire. Ce qui semblait perdu à jamais revenait d'une longue ellipse. Ce qui semblait éternel devint incertain, et son regard s'attardait sur des terres devenues étrangères.

Quelques interstices semblaient se réouvrir peu à peu. Une certaine forme attendait sagement devant l'antichambre des promesses non tenues. Réapparaissait ce langage particulier, comme un réapprentissage des lieux après un long voyage. Lambert s'était assez éloigné de lui-même pour se regarder avec toute la cruauté nécessaire dans le blanc des yeux.

Une nouvelle page tourna toute seule, puis une autre. Des cahiers entiers de pages vierges mimaient une danse macabre. Et Pourtant. La peur était plus inoffensive que la moindre note qui servirait de diapason. Ce n'était pas la guerre qui commençait, mais une révolution dans l'amitié colorée qui tentait de survivre ça et là. Les miracles existaient, l'espace d'un fol espoir, où une amnésie salvatrice changeait le plomb en or.

 

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Giorgio de Chirico (1888-1978) L'énigme de l'heure.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia

http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2009/02/25

02 décembre 2008

Comment ressusciter dans une laverie-automatique (2/2)

 

"J'ai de plus en plus l'impression que le temps n'existe absolument pas, qu'au contraire il n'y a que des espaces imbriqués les uns dans les autres […], que les vivants et les morts au gré de leur humeur peuvent passer de l'un à l'autre, et plus j'y réfléchis, plus il me semble que nous qui sommes encore en vie, nous sommes aux yeux des morts des êtres irréels. "

W.G.Sebald. Austerlitz.

 

La peau de l'ours séchait tant bien que mal, tournant en rond dans une lucarne presque propre.

Un concentré de vie parcourait les quelques mètres carrés d'une laverie. Tout était écrasé par une lumière blanche implacable. Chacun observait ses propres tentatives d'attirer à la fois les regards, la sympathie et l'indifférence car l'en-dehors n'existait pas dans ce lieu où s'achetait le temps.

C'était la plus sûre des prisons, puisqu'on y revenait en toute liberté s'y enfermer pour quelques pièces.

A Huis-Clos, près un tramway, Lambert désirait cette attente. Ce symbole du non-agir attirait la foudre plus sûrement qu'un arbre imprudent.

 

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http://www.ardnaveholidaypark.co.uk/contents/media/laundrette%20at%20ardnave%20holiday%20park.jpg

 

 

25 octobre 2008

Comment ressusciter dans une laverie-automatique (1/2)

 

"L'univers physique s'arrêta.
Les armes convergeaient sur Hladik, mais les hommes qui allaient le tuer étaient immobiles. Le bras du sergent éternisait un geste inachevé. Sur une dalle de la cour, une abeille projetait une ombre fixe. Le vent avait cessé, comme dans un tableau. Hladik essaya un cri, une syllabe, la torsion d'une main. Il compris qu'il était paralysé. Il ne recevait plus la rumeur du monde figé."


Jorge Luis Borges. Fictions. le miracle secret. Traduction P. Verdevoye.

 

Une implacable verticalité plongea Lambert dans de salvatrices abysses. Le temps nécessaire d'avoir envie d'autre chose ; sans  le protocole de rigueur des états d'urgence.

Le corps de Lambert a voyagé instantanément ici et là-bas. Mais son esprit fit le chemin à pied car la pensée n’existe qu’à partir de la rétention de ses propres opérations.

En chemin, les paris abondaient avec soi. L'échec d'un équilibre sur un trottoir irrégulier pouvait signifier de bien mauvais présages, tandis que le soleil pouvait apparaître au moment voulu. Ces réminiscences de l'écolier d'autrefois semblaient croiser les étranges reculons de Lambert.

Ainsi, les constellations irisaient la vision de Lambert, inéxorablement.

 

 

Corps flottants, quelque soit l'horizon.

 

 

 

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09 juillet 2008

Silva rerum

« Quand je serai complètement rétabli, je retournerai donc à Mont Royal avec une des expéditions scientifiques qui passent par ici. Il ne sera point difficile d'arranger une évasion et je retournerai alors à l'église solitaire dans ce monde enchanté où, le jour, des oiseaux fantastiques volent à travers la forêt pétrifiée, où des crocodiles gemmés étincellent telles des salamandres héraldiques sur les rives de fleuves cristallins et où, la nuit, l'homme illuminé court parmi les arbres, ses bras tournant comme des roues d'or, sa tête une couronne spectrale.»

J.G Ballard, La forêt de cristal
 
 
 
Lambert n'avait pourtant tourné la tête que quelques instants, contemplant le paysage au loin. Il sut ensuiteque beaucoup de temps s'était écoulé. Il resta là, alangui dans le vide médian malgré le dictat d'instantanés en vigueur, et revint à la source d'un questionnement primordial. Il y avait beaucoup à faire, en commençant par l'éviction de cette fâcheuse tendance atavique  de la culpabilité occidentale face au non-agir.

Ainsi, l'aube revenait et ses rayons matinaux ne blessaient plus les yeux. Puis, quand le crépuscule tombait, la peur d'un bleu parfois trop dur, comme l'écho d'une solitude passagère, ne reflétait plus que le bonheur d'être ici, maintenant.
 
 
 
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