01 janvier 2012

Parcours non fléché

"- C'est exact, Toby ; les gens demandent un tas de stupidités. Ils veulent vivre éternellement, en oubliant ou en ignorant qu'éternellement est un mot temporel, et que le temps est ce qui a une fin. Ils veulent du pouvoir et de l'argent sans se soumettre aux conditions dans lesquelles pouvoir et argent sont accordés. Vois-tu, je ne suis pas autorisé à donner des conseils, mais il m'arrive de penser tout haut. Si tu demandes quelque chose de défini comme du pouvoir, de l'argent ou une longue vie, tu optes pour quelque chose sur quoi tu n'as pas de contrôle. En revanche, si tu demandes à avoir une capacité…

- Je veux apprendre à voyager dans le temps."
"

Les cités de la nuit écarlate. William BURROUGHS

 

Lambert ne comptait plus les planches du parquet. L'éclat aveuglant du vernis à l'odeur douceâtre empêchait d'en voir la ligne d'horizon. Ce n'était pas une pièce, mais un continent. Ca et là, les grains de sable se répandaient, de manière assez ridicule.

Les arbres manquaient d'air dans la brume matinale dans une ville où la liesse s'étiolait, sans émotions, sous le regard médusé d'une ruelle désertée.

Le désir suivait son parcours, tandis que le quidam détournait le regard. Lambert avait gagné quelques heures. Comment allait-il les perdre dans la forêt ?


 

Hans Memling - Le martyr de Saint-Sébastien V1470

Hans Memling - Le martyr de Saint-Sébastien (1470). Musées royaux des beaux-arts de Belgique. Bruxelles


17 septembre 2011

Le fond et la forme

"L'ami - C'est conjouir, et non compatir, qui fait l'ami."

Humain, trop humain. Friedrich NIETZSCHE

 

Lambert se faufilait dans les foules ondulantes de cette époque. Malgré les apparences, les îlots de paix étaient encore nombreux. Un léger décalage du réel soulevait toute les ambiguïtés mais aussi des questions : la paix était au prix de tourments nécessaires.

 

Encore quelques jours et il faudra penser hélicoïdalement. Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ?

 

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Photo © Lambert Saint-Paul

 


25 juillet 2011

La mort en panne

"Je tremble en écrivant cela. Je ne suis pas prêt pour l'avenir. Jamais je ne deviendrai musicien, ni peintre, ni écrivain. Mon passé même s'égare, et je m'égare avec lui."

Jean-Claude PIROTTE


Le monde avait suffisamment hurlé. La nuit avait fait long feu. Lambert survivait aux générations spontanées. Ce n'était pas remarquable d'être chanceux et amnésique mais cela avait le mérite de donner de la profondeur de champs dans les perspectives molles de l'infra-monde servi tiède.

Les interstices redevenaient remarquables.


Le temps n'avait aucune importance.

 

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Photo © Lambert Saint-Paul

10 décembre 2010

Réveil agité non loin du monde

"Aucun nouveau départ n'est prévisible. La nouveauté suprême consisterait-elle à le reconnaître ?"

Kostas Axelos


Comment ne pas se perdre dans le désert d’une foule sans compassion ? Lambert avait soudainement une réponse à cette interrogation sans lendemain.

L’étonnante fluidité du sable enlevait tout espoir d’aller plus vite, ce qui était fort à propos étant donné les circonstances. Ce qui pourrait être pris comme un guet-apens n’est qu’un environnement à peine plus hostile qu’une forêt vierge.

Les conséquences de ce nouveau monde peuvent avoir deux effets : le désenchantement, ou la volonté d’être. Un réflexe de survie poussa Lambert vers l’aéroport le plus proche.

Un peu plus tard, les nuages avalèrent le monde. Tout disparu. Lambert flottait en toute transparence, maudissant que son voeu d’antan soit exaucé tandis qu’il re-commençait à goûter à nouveau au bonheur d’être ici.

C’est dans ce néant blanc cassé, dans un silence mortel qu’il renonça aux ténèbres définitivement, la mort dans l’âme, regrettant à peine tout le malheur qu’il aurait pu accumuler pour ses vieux jours.

Une longue fraction d’éternité plus tard, la réalité vibra à nouveau, le monde était revenu.

 

 

 

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Photo © Lambert Saint-Paul

18 août 2010

Champ mental

"Chaque fois que vous me verrez, je serais méconnaissable."

Nancy Huston. Nord perdu.


L'originalité n'est pas dans le spectaculaire mais dans le micro-mouvement.

 

Attention à l'aveuglante lumière des certitudes.

 

 

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Photo (C) A.STRUB

 

 

27 mai 2010

Vertiges giratoires

"De même donc que certains peuvent disparaître, engloutis en quelque sorte par un rôle social, d’autre peuvent être engloutis par une vision intérieure, échappant ainsi à leur entourage."

Carl Gustav Jung, Dialectique du Moi et de l’inconscient.


Un point. Eternel retour aux sources. Quand le monde bascule, Lambert fixait presque cette perspective changeante.

Le vent s’était enfin levé. Emportant avec lui ce qui devait l’être. Il restait l’essentiel dans l'enlacement d’un fond et d’une forme parfaitement appropriés aux circonstances.

Les sous-textes du réel (re)devenaient tangibles . Lambert réapprenait à lire et à aimer toutes ces formes.

Les accélérations courberont très rapidement l’espace temps de ces rivages.

«L’aurore boréale, la première.»

 

 

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Photo © Lambert Saint-Paul

 

28 avril 2010

En attendant que le vent se lève.

"Il était là. Sa lumière froide rayonnait comme une source de silence, comme une virginité déserte et étoilé."

Julien Gracq, Le rivage des Syrtes.


Le regard encore un rien voilé.

Le fol espoir vite combattu d’avoir demain ici et maintenant.

Avant que le vent se lève, Lambert sera plus loin.

 

 

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Photo © Lambert Saint-Paul

 

 

14 mars 2010

15H45

"On ne peut ainsi ordinairement vivre qu'à la condition de tenir en respect la vérité, ou plutôt de la prendre perpétuellement à rebours : tâche épuisante illustrée, entre autres, par l'ancien mythe de Sisyphe. Illustrée aussi par la plupart des entreprises philosophiques, dont la principale visée n'est pas de révéler à l'homme la vérité, mais bien de la lui faire oublier : de faire passer sa cruauté comme un médicament qui fait provisoirement cesser une douleur, d'adoucir l'épreuve de la réalité par une infinie variété de remèdes - plus ou moins improvisés selon que le philosophe a plus ou moins de ressources mentales - qui se ramènent toujours en fin de compte à un exorcisme hallucinatoire du réel (…)."

Clément Rosset, le principe de cruauté.


La lumière est le chaînon manquant. une pièce du puzzle de la cohésion du monde de Lambert. C'est par elle qu'on passe de l'autre coté du miroir, avec la peur de découvrir qu'il n'y a pas peut être pas de miroir et d'éprouver alors crûment un devenir trop rapide.

On oublie que toujours veut dire tous les jours. Un cauchemar de devenir celui qu'on ne veut pas être dans ce monde au pas de charge dans un demi-plan inutile.

Tous les jours donc, 15h45 revient. Lambert percevait cette heure plus que tout autre comme une pause sans fuseaux, à peine perceptible et pourtant. Un clin d'oeil subtil d'une vanité réflexive, comme peut survenir un rire en cascade devant un miroir déformant.

Cela figurait dans le Grand Oeuvre de Lambert : L'Horloge aura peut être le coeur tendre.

 

 

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Photo © Lambert Saint-Paul

 

02 janvier 2010

L'ivresse des profondeurs

"Mais pourquoi avait-il fallu que j'abandonne l'ancien monde pour venir dans ce monde fini ?Je n'arrivais pas à me souvenir ni des détails, ni du sens, ni du but de ce voyage? Quelque chose, une force, m'avait propulsé dans ce monde-ci. Une force incoercible, irraisonnée. C'est à cause d'elle que j'avais perdu mon ombre et ma mémoire. C'est elle qui allait me faire perdre aussi mon coeur."

Haruki Murakami, La fin des temps.


Le ciel se soulevait. Une aube en pleine nuit. La ferme intention de ne pas fermer l'oeil de la nuit ; une obsession. Lambert se souvenait du champ de bataille des anciens rêves avortés. C'était aujourd'hui une prairie verdoyante. Quelques pierres jonchaient encore les hautes herbes, inutiles témoins du temps jadis, à un détail près.

En connaissance de cause, Lambert savait ce qu'il lui restait à faire.

 

 

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Photo © Lambert Saint-Paul

15 novembre 2009

De la nécessité de mourir plusieurs fois

 "Cras ingens iterabimus aequor."

Horace


Des voyages. Lambert connaissait quelques endroits où la mémoire de certains d'entre-nous vivaient encore. Il eut fallut écouter attentivement, d'un pas pressé, la ligne médiane de son propre cheminement pour ouvrir les yeux et rêver. C'était cette époque là qui s'ouvrait.

La somme de ces rêves n'étaient négociables nulle part, ce qui en augmentait leur valeur. L'opacité finissait par s'estomper par quelques indices ; Le bruit du vent sentait bon la solitude, quelques odeurs inconnues en annonçait la fin toute proche, la peur qui se mettait en quatre pour tenter sa chance et l'autre coté du miroir attendait son heure.

 

Le bonheur d'être ici restait intact car plus personne ne pouvait être pardonné davantage.

 

 

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Abstraction. (c) Luc Justin